Chers frères et sœurs
Jésus nous convie à sa table. Après avoir longuement fréquenté et partagé la table des pécheurs, Jésus nous reçoit à sa table, il dresse le banquet. Lui le Maître et Seigneur se fait hôte et serviteur.
Ce repas auquel nous invite Jésus n’est pas qu’un simple repas de convivialité partagé entre bons amis, c’est le repas de l’Alliance renouvelée entre Dieu et les hommes, une Alliance nouvelle à travers laquelle le Christ Jésus, Verbe de Dieu, introduit ses disciples et l’humanité entière dans le Don plénier de lui-même. Au banquet de l’Agneau, l’Alliance est universelle. Si amis nous sommes, c’est parce que Jésus nous fait tout connaître de ce qui vient du Père.
Au début de son évangile, l’apôtre Jean développait dans son prologue comment le Verbe de Dieu, qui était dans le sein du Père, s’est fait chair et a habité parmi nous. Et, au début de la Cène, à laquelle nous sommes conviés avec les disciples, Jésus ouvre un autre prologue, le prologue de sa Passion qui marque d’un sceau final l’objet de sa mission : celle de jeter dehors et de vaincre le Prince de ce monde. C’est-à-dire cet esprit diabolique, qui au sens propre divise et cherche à détruire tout germe d’Alliance entre Dieu et les hommes. Dès lors à travers cette Cène à laquelle nous sommes conviés se joue un autre drame, un autre combat qui dépasse notre entendement, un combat entre Dieu et le Diable, entre le dessein du Père à notre égard, que l’humanité soit sauvée, et le Prince de ce monde qui veut enfermer cette humanité dans son péché, dans son aveuglement. Lutte entre l’Amour divin et le Mal, entre la Vie et la Mort.
Aussi Jésus, au début du repas, nous dévoile de façon solennelle, le sens profond de sa mission : Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. Jésus venu du sein du Père, retourne maintenant à son Père, venu dans la chair il y retourne maintenant avec notre chair, voici le lieu du passage, de la Pâque libératrice. Cette libération est la manifestation et la pleine révélation de l’Amour de Dieu, du Dieu Amour. Le mot qui est traduit, ‘jusqu’au bout’, veut dire achèvement, mené à son terme, à son plein accomplissement, Jésus mène son amour pour nous jusqu’à son accomplissement. Cet accomplissement qui sera sa mort sur la croix et sa résurrection à travers laquelle il nous communique l’Esprit de vie. Jésus ajoute, qu’au cœur de cette Alliance un trouble est jeté. Pour qu’il soit glorifié il doit être livré, c’est le diable qui tente cette rupture en utilisant le cœur ambigu de Judas. Quel que soit le vrai motif de Judas, l’évangéliste n’en dit pas mot, nous savons que plus tard il se désespèrera d’avoir livré un innocent, il sera l’instrument par lequel le vrai combat va se livrer, celui de notre rédemption.
Au cours du repas le Maître et Seigneur se lève, le Maître est déjà pleinement maître de lui, comme il le sera hors du tombeau. Il dépose son vêtement, il dépose son vêtement comme il dépose sa vie pour ses amis : Il n’y a pas de plus grand amour que de déposer sa vie pour ses amis, avait-il dit. Il se ceint d’un tablier, le tablier du serviteur, oui, Jésus sert sa vie, et il est le seul qui puisse nous la servir. Il jette de l’eau dans un bassin et commença à baigner les pieds de ses disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. Oui, stupeur de Pierre, stupeur des disciples, notre stupeur. Jésus nous avait déjà enseigné qu’il était doux et humble de cœur, et ce que nous lisons de sa vie nous le confirme, la gloire de Jésus est humble à l’inverse de la gloire humaine. Mais ici Jésus ne s’humilie pas devant ses disciples, même si ceux-ci le perçoivent ainsi. En baignant les pieds des disciples, Jésus leur manifeste sa tendresse et son amour ; de plus, c’est d’une autre eau qu’il les baigne : dans le Temple il avait proclamé : « De son cœur couleront des fleuves d’eau vive. » En disant cela, il parlait de l’Esprit Saint qu’allaient recevoir ceux qui croiraient en lui. En effet, il ne pouvait y avoir l’Esprit, puisque Jésus n’avait pas encore été glorifié.
L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié, c’est par l’eau de son côté mêlée à son sang, mêlée à sa vie que nous allons être régénérés, purifiés et glorifiés dans une nouvelle naissance.
Jésus invite ses disciples à suivre l’exemple qu’il leur a donné en leur lavant les pieds, il nous y invite nous tous ses disciples, non pour nous humilier, mais nous entraîner dans le don de nous-mêmes.
Être serviteur à l’exemple du Maître c’est partager son héritage de gloire, c’est en recevoir le Don et le partager à notre tour par le don de nous-même, dans ce monde de violence, d’indifférence, de troubles, pour manifester l’Amour de Dieu duquel nous sommes re-nés.
Nous le manifestons à travers notre combat spirituel, au cœur duquel le Christ est vainqueur.



