Célébrer le Cœur de Jésus, c’est célébrer la folie d’amour de notre Dieu ; cette folie d’amour que le Christ Jésus est venu dévoiler et accomplir à travers notre condition humaine. Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages.

De même Jésus nous dit dans l’évangile : Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits.

Ces tous petits sont ceux qui accueillent cette folie de Dieu qui dépasse tout entendement humain et qui se laissent toucher par cet amour qui les sauve.

« Oui, à cause du trop grand amour dont il nous a aimés, alors que nous étions morts à cause de nos péchés, il a voulu la vie pour nous, la mort pour lui. De là ses blessures sur la croix, de là le salut qui nous a été octroyé. Désir de notre salut et désir de sa propre mort pour notre salut, telles sont les deux blessures, l’une d’amour, et l’autre de douleur, ou plus exactement l’une et l’autre des blessures d’amour. » (Baudouin de Ford, traités, 8)

L’évolution culturelle nous a influencés par une imagerie qui cantonne la notion de ‘cœur’ au domaine de l’émotion affective, voire de l’attirance.

La dimension biblique de ‘cœur’ est bien plus large. Le cœur représente ce qui est de l’ordre de l’intériorité. Il englobe l’intimité de la conscience, les desseins bons ou mauvais que l’on tourne dans sa tête. Le cœur représente aussi cette part spirituelle en nous qui peut s’ouvrir ou se fermer à la présence de Dieu, à la relation. La lumière de la foi passe par le cœur, cette lumière intérieure et spirituelle qui éclaire l’intelligence de la vie, son sens, sa valeur ; le cœur ressent la joie de la présence de Dieu, ou la peine de son absence.

Les Écritures nous parlent aussi d’un cœur sclérosé, un cœur endurci qui ne veut rien entendre de la Sagesse divine, un cœur enclos sur sa propre possession, son propre savoir, son propre pouvoir, un cœur qui peut se fermer à la reconnaissance de l’autre, de sa dignité.

Le cœur exprime si bien le contenu de la personne, de ses intentions, de sa volonté et de ses désirs, qu’il va transparaître jusque dans ses agissements, ses choix, ses orientations.

L’Écriture dénonce aussi un cœur mou, un cœur tiède, qui ne s’engage pas pour le vrai et le bien que la parole de Dieu nous fait percevoir.

C’est pourquoi lorsque l’on parle du cœur du Christ, nous parlons du cœur de Dieu qui se manifeste et s’exprime en son Fils Jésus, comme nous le rappelle St Jean : « Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître. » Jean 1, 18.

Lorsqu’il s’adresse à ses disciples Jésus enseigne : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, mettez-vous à mon école » Mt 11, 29.

Il ne faut pas se méprendre, cette douceur et cette humilité sont aussi l’expression de la force de Dieu, de sa fidélité, de sa patience, de sa miséricorde, même lorsque l’homme ne veut plus rien entendre de ce Dieu. La surdité et aveuglement de l’humain s’exprimera jusque dans la condamnation du Juste et de l’Innocent par excellence, le Christ Jésus par lequel Dieu donne sa vie et pardonne.

Même lorsque les hommes se dévoient dans leur liberté et qu’ils détruisent le projet de Dieu, Dieu ne peut se résoudre à effacer son œuvre, à ramener l’humanité et la création au néant.

Non, son cœur se retourne en lui, il se repent du châtiment qu’il aurait pu appliquer en toute justice, il ouvre des voies de pardon et de repentir pour l’homme car dit-il : « Je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu’il se repente, qu’il se retourne vers moi et qu’il vive ». C’est pour cela que Jésus peut déclarer qu’il y a plus de joie pour un seul pécheur qui se convertit que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion. Mais où trouver quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion ?

Dieu se présente comme un berger qui cherche à rassembler ses brebis, pour en prendre soin, les rendre heureuses. Il recherche ses brebis comme il recherchait Adam qui cachait sa peur et sa honte dans les buissons, car il veut que l’homme puisse vivre en sa lumière et non dans l’ombre du néant.

De cette initiative il ne nous en revient aucun mérite, c’est Lui qui nous a aimé le premier.

Le cœur ouvert de Jésus est le lieu de toute réconciliation, c’est le chemin de notre divine filiation. De son cœur transpercé coulent des fleuves d’eaux vives, des fleuves de miséricorde et de vie éternelle. Tout comme le récit de la Genèse nous présente Eve modelée du côté d’Adam pour signifier l’unité de nature, ainsi du côté percé du Christ est née l’Église que nous sommes, par la grâce des sacrements qui nous unissent au Christ et qui font de nous le Corps du Christ, au centre duquel bat son cœur.

« Frères, nous dit St Paul, l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné ».

Si l’Esprit Saint nous a été donné, s’il a été répandu en nos cœurs, c’est aussi pour que nous marchions selon l’Esprit. L’Esprit nous ouvre l’intelligence du cœur pour nous faire agir selon la vérité de Dieu qui s’exprime en Christ.

Jésus est doux et humble de cœur, mais il est aussi vérité et sainteté. Comme nous le voyons dans les évangiles, Jésus n’hésite pas à fustiger l’hypocrisie religieuse, ou à dénoncer l’égoïsme et l’injustice.

Laissons-nous attirer par ce cœur qui nous parle si bien de Dieu et qui nous parle aussi de cette belle humanité que nous pouvons et sommes appelés à devenir en Christ.

Nous ne savons pas aimer comme il faut, comme nous ne savons pas nous laisser aimer comme il faut, mais à l’école du Christ et sous la conduite de l’Esprit Saint nous pouvons l’apprendre et l’expérimenter, quelles que soient nos limites humaines.

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