Homélie du Jeudi Saint – la Sainte Cène – 1er avril 2021 – Année B

Par le Frère Jean

Le texte de cette homélie n’a pas été relu par le prédicateur. Le style oral a été conservé.

 

Chers frères et sœurs,

Le Mystère de l’Eucharistie que nous célébrons aujourd’hui avec solennité : la Sainte Cène du Seigneur, est par excellence le Mystère du Don de Dieu ; l’Eucharistie, source et sommet de toute la vie chrétienne.

En ce jour, Dieu se donne totalement en son Fils ; et le Fils se donne totalement par amour et par obéissance à son Père pour le Salut du monde.

Ce Don précède la réponse que nous avons à lui donner. Et qu’est-ce-que le Seigneur nous donne dans les sacrements, et tout particulièrement dans ce sacrement de la Sainte Eucharistie ? Il nous communique un être nouveau, Il nous donne une nouvelle identité : fils de Dieu, filles de Dieu !

Voilà notre plus beau titre de noblesse !

C’est à la lumière et dans la grâce de cette nouvelle identité que nous sommes appelés à agir. C’est cela « être chrétien » ; recevoir cette identité nouvelle et y répondre en nous donnant nous-mêmes à Dieu, au Christ, à nos frères dans l’Église.

Nous n’avons plus à obéir, comme dans la première Alliance, à une loi qui se trouve face à nous – aussi grande soit-elle : les Dix Commandements, la loi du Sinaï – mais nous devons agir selon la nouvelle identité que nous avons reçue en devenant chrétien, habités par la loi nouvelle qu’est le Saint Esprit.

St Augustin nous dit dans un sermon : « Vous êtes le Corps du Christ et ses membres. C’est donc votre propre symbole qui repose sur la table du Seigneur »

Ce Corps auquel nous allons communier, puis que nous adorerons cette nuit en silence, est le Corps sacramentel de Jésus. C’est ce Jésus, né de Marie, qui a cheminé sur les routes de Palestine, qui a souffert la Passion, qui a été mort injustement, descendant dans la mort comme le dernier des esclaves, crucifié, ressuscité le troisième jour, et qui vit aujourd’hui dans le monde.

Il ne s’agit pas d’une vague présence spirituelle, l’Eucharistie est le mode inventé par Dieu pour rester jusqu’à la fin des Temps, à jamais, l’Emmanuel, « Dieu avec nous ». Et Jésus-Eucharistie est là en cette Présence tout particulière quand son peuple souffre ; comme il souffre aujourd’hui dans le monde entier dans l’état de pandémie que nous pâtissons avec tous nos frères en humanité.

St Léon le Grand dit que : « Tout ce qu’il y avait de visible en Jésus Christ, durant sa vie terrestre, est passé dans les sacrements de l’Église ».

Ce Jésus que tu adores sous les espèces du pain et du vin, c’est le Jésus tout aussi présent avec son âme, avec son Corps, avec son Esprit, avec son intelligence, avec sa volonté, que Celui qui vivait avec les apôtres, avec son peuple sur les routes de Palestine, et qui se donne sous ce mode tout à fait particulier et unique, que nous appelons le mode sacramentel.

L’unité des membres du Christ pour laquelle notre Seigneur a donné sa vie, ne va pas sans la rémission des péchés qui est le premier fruit du Sang répandu. N’oublions pas que si Jésus aujourd’hui (que nous célébrerons demain avec intensité) donne sa vie, c’est pour le rachat du monde, pour la rédemption des hommes, pour le pardon des péchés.

« Voici l’Agneau de Dieu qui porte le péché du monde. »

Oui, l’Eucharistie, mémorial de la Passion, offrande au Père et qui implique pour l’homme qui le reçoit et qui y participe, la conversion du cœur qui fait corps avec le sacrement que nous célébrons ce soir du Jeudi Saint.

C’est ce même soir du Jeudi Saint que Jésus a institué le sacerdoce ministériel. Au cœur du sacerdoce, tel que Dieu l’a voulu, il y a une dépossession radicale. L’ordination sacerdotale veut dire d’abord : « être plongé en Lui, le Seigneur ; être immergé en Lui dans la vérité ».

Le bain dans lequel le Seigneur nous plonge, comme Il le fait d’ailleurs pour tous les sacrements, c’est Lui-même qui est la Vérité en Personne. Le prêtre est mis à part, enlevé du monde et donné à Dieu. Et cette séparation n’est pas une ségrégation. Être mis au service de Dieu, cela signifie « être placé » pour représenter les autres auprès de Dieu.

Quand Jésus dit dans St Jean (nous l’entendrons dans la Lecture du discours après la Sainte Cène) : « Je me consacre » ; Il se fait en même temps, Prêtre et victime, si bien que « Je me consacre » signifie aussi « Je me sacrifie ».

Pas de vie sacerdotale sans don de soi, sans sacrifice, sans être identifié au Christ en sa mort.

Et puis, troisième triptyque de ce Jeudi Saint, de cette célébration, le commandement nouveau : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ».

Précepte fondamental que Jésus nous a laissé ; et si tout devait s’écrouler dans l’Église et qu’il ne restait que ce commandement mis en application, l’essentiel serait là ! Car c’est l’essentiel de ce que Jésus nous a laissé.

L’Eucharistie est constitutive de l’être et de l’agir de l’Église, donc de chaque baptisé. C’est pourquoi l’antiquité chrétienne désignait par la même expression « Corps du Christ » (le Corps né de la Vierge Marie), Corps eucharistique et Corps ecclésial du Christ ; et le Lavement des pieds (qui est au cœur de cette célébration et que dans les communautés monastiques, nous célébrons avant la Sainte Cène)… le Lavement des pieds élève la charité fraternelle à la hauteur d’un sacrement.

Et nous savons tous, en particulier les couples, la vie conjugale, comment l’amour fraternel, l’amour « homme-femme » est un lavement des pieds continuel !

Les Pères, d’ailleurs, soulignent ce double aspect du Lavement des pieds qui est à la fois un sacrement, c’est-à-dire le signe de ce que Jésus a fait, et un exemple, c’est-à-dire une mise en application de ce que Jésus a fait.

« Ce que je vous commande c’est de faire ce que j’ai fait pour vous ; je me suis abaissé en vous lavant les pieds »

Et, laver les pieds, ça veut dire s’abaisser jusqu’à donner sa vie, comme Il le fera quelques heures plus tard sur le Golgotha, et nous sommes nous-aussi appelés à rentrer dans cette dynamique du Lavement des pieds qui va jusqu’au bout.

Que le Seigneur nous donne, dans cette Eucharistie, dans ce Jeudi Saint, dans ce Triduum pascal, de rentrer avec toujours plus de profondeur, de générosité, de don de nous-mêmes, dans ce Don que Jésus fait de Lui à son Père, dans l’obéissance, dans cette fondation de l’Église, dans ce Don de sa vie pour que les hommes aient la Vie.

Et nous, au cœur de nos pauvretés, au cœur de nos limites, nous sommes appelés, tous en tant que chrétiens, à cette grande vocation de suivre Jésus dans ce mouvement pascal.

Que cette Pâque soit source de joie et source d’espérance pour nous-mêmes et pour tous ceux que le Seigneur met sur notre route.

Amen !

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