Homélie du dimanche 4 octobre 2020 – 27ème Semaine du Temps Ordinaire – Année A

Par le Frère Jean-Marie

Le texte de cette homélie n’a pas été relu par le prédicateur. Le style oral a été conservé.

 

Frères et sœurs bien aimés,

les textes de ce dimanche nous montrent la Révélation que Dieu veut instituer et vivre avec l’humanité et chaque être humain en particulier : une relation d’Alliance.

Une Alliance qui se réalise et se manifeste aujourd’hui et pour toujours dans l’Église.

Si vous le voulez nous pourrions orienter notre réflexion, notre méditation et notre prière vers deux directions.

Tout d’abord vers le Mystère d’Israël, puis vers le Mystère de l’Église.

Tout au long de la Révélation divine… (et nous appelons « Révélation », le moment historique qui part d’Abraham jusqu’au dernier des apôtres, à savoir St Jean, et qui constitue la durée de la Révélation divine. La Révélation est close avec la mort du dernier apôtre. À la mort du dernier apôtre, nous rentrons dans ce qu’on appelle « l’âge apostolique », les Pères apostoliques, c’est-à-dire ceux qui n’étaient pas apôtres mais qui ont connu les apôtres, comme Ignace d’Antioche, Polycarpe de Smyrne, etc… et puis une troisième phase qui est, après la Révélation, « les Pères de l’Église », tant du côté Orient que d’Occident, latin et grec, qui se termine vers le 8ème siècle avec St Isidore de Séville en Espagne et St Jean Damascène en Palestine. Puis nous rentrons, après, dans la sainteté du Moyen-âge, des temps modernes et contemporains, avec l’explicitation et le développement du dogme et la pénétration toujours plus profonde du donné révélé, jusqu’à la Parousie)…

Tout au long de la Révélation, tout au long des récits de la Bible, des 73 Livres constitués par la Bible qui est une bibliothèque, le Seigneur rejoint l’humanité en employant le langage humain et les signes, les images, les symboles, qui parlent à tout être humain. Il se met à notre niveau !

En ce dimanche l’image employée par le Seigneur est celle de la vigne. Une réalité assez répandue dans le monde mais qui parle de façon éloquente dans le pourtour méditerranéen. Cette image parsème l’Ancien Testament et prend une note unique dans la Nouvelle Alliance, le Nouveau Testament, avec l’assimilation que le Christ Jésus en fait pour Lui-même : quand au chapitre XV de St Jean, Il appelle son Père, « le Vigneron », et Lui-même se qualifie de « la Vigne » et nous, « des sarments », et qu’Il nous introduit dans la vie divine comme la sève passe du cep aux sarments pour porter du fruit.

Et Il nous dit : « Hors de moi, vous ne pouvez rien faire » ; mais en Lui nous pouvons tout !

Et réaliser ce qu’Il nous demande afin d’être ce vin nouveau que nous allons recevoir ; le vin qui est transformé après la consécration dans le Sang du Christ ; et nous recevons la Personne même de Jésus ; et nous devenons « un » en Lui dans une communion d’amour.

La vigne est donc symbole de joie de vivre, grâce à son élégance, sa verdure ; au fait aussi qu’elle donne du raisin et grâce au travail des hommes du vin. Un bon « vin qui réjouit le cœur de l’homme » – et en France nous ne manquons pas de bons vins !

La vigne est signe de vie, de stabilité et d’une forme de pérennité dans le bonheur.

Dans l’histoire de la Révélation divine, le Seigneur part toujours du singulier pour aller au pluriel et à l’universel.

Des premiers parents à toute l’humanité ; de Noé à l’humanité restaurée ; d’Abraham au peuple de l’Alliance ; de Moïse au peuple de la Torah ; des prophètes au renouveau du peuple dans la loi de Dieu et, à son sommet, du Christ à toute l’humanité, au cosmos et à chaque être humain de toute l’histoire humaine ; puisque le Christ Jésus est le centre de l’histoire humaine et de tout l’univers, dans son humanité Sainte.

C’est avec les patriarches, à savoir : Abraham, Isaac et Jacob, 19ème siècle avant Jésus-Christ, que commence la chronologie historique de la Révélation divine.

Lorsque le patriarche Jacob lutte avec l’Ange au torrent du Yabboq, le Seigneur lui donne un nom nouveau et ce nom est celui de « Israël », qui veut dire « fort contre Dieu ». Avant d’être le nom d’un peuple, « Israël » est le nom d’une personne, à savoir : Jacob. Et ce nom personnel deviendra le nom de la descendance de cette personne « Jacob », qui sera le peuple d’Israël !

Comme nous le rappelle St Paul dans la Lettre aux Romains, ce peuple a reçu l’Alliance, les promesses, la loi, les prophètes, et c’est de lui qu’est issu Jésus le Christ, notre Dieu, Seigneur et Sauveur.

Sans cesse le Seigneur va rechercher ce peuple dans son infidélité, et sans cesse Il en fait son peuple, le peuple élu, choisi et chéri par Lui, mais avec une mission et une destinée qui se veut universelle.

Frères et sœurs, dans la vie de la grâce, aussi bien personnelle que communautaire, il n’y a pas de propriété privée !

Il y a don personnel, don de personne à personne, mais toujours dans une relation, dans un don qui s’ouvre à l’autre et ne se referme pas sur soi… c’est la vie même de la Trinité, la Trinité se définit comme une Relation des trois Personnes divines, une Relation subsistante.

Donc, comme nous sommes créés à l’image de Dieu, nous sommes appelés de manière ontologique et de manière surnaturelle, dans notre être le plus profond, à sortir de soi pour se donner et se recevoir dans le don qu’on fait aux autres et qu’on reçoit des autres.

Et c’est là où nous retrouvons le passage évangélique de ce dimanche : Israël a vraiment les moyens du Salut mais il reste fermé sous les privilèges reçus de Dieu. D’où la réponse saisissante du Christ à l’égard des autorités religieuses du Sanhédrin. À cette époque du Christ, l’autorité religieuse, politique, judiciaire et administrative était condensée dans cette assemblée qu’on appelait « le Sanhédrin », dont les grands prêtres étaient les chefs issus du milieu Sadducéen.

Qu’en est-il d’Israël ? St Paul nous dit : « l’appel de Dieu et ses dons sont irrévocables ». Quand Dieu donne, il ne reprend jamais.

À la fin des temps, nous dit St Paul, Israël sera de nouveau réintégré et accueillera la plénitude du dessein de Dieu, qu’il a refusé à un moment… du moins dans ses autorités.

Puisque dans la Personne du Christ, Israël a accompli le dessein de Dieu et les autorités de l’époque l’ont rejeté.

Qu’en-est-il du Mystère de l’Église ?

Jésus nous dit « que le Salut vient des Juifs ». Lui-même, sa mère, les apôtres, étaient tous juifs, et donc, ont réalisé l’accomplissement de ce Mystère d’Israël, qui a été en partie mis de côté par ces autorités qui ont refusé.

Le « Verbe fait chair », à savoir, la Personne du Christ Jésus, vrai Dieu et vrai homme, résume, accomplit et dépasse, l’attente et les promesses faites à Israël.

L’Église aujourd’hui est le Corps du Christ.

Ce Corps du Christ, à savoir, la plénitude – pour employer un mot un peu compliqué : le plérôme du Christ, c’est-à-dire la totalité du Christ « Tête et Corps » – et la Tête de ce Corps, est Jésus lui-même. Celui qui est rentré en Précurseur dans le ciel et qui intercède sans cesse pour nous auprès de son Père.

Quand nous regardons le mystère de la Personne de Jésus, nous le voyons vrai Dieu et vrai homme, égal au Père et à l’Esprit Saint, et en même temps, dans son humanité Sainte, soumis au Père dans une attitude filiale qui est guidée par l’Esprit Saint et qui le conduit dans son humanité Sainte ; mais qui est aussi le Serviteur souffrant, Celui qui s’est fait l’esclave de tous et qui, dans son humanité Sainte, aujourd’hui et jusqu’à la fin des temps, intercède comme Grand Prêtre auprès du Père. Sans cesse, Il est notre avocat, dans son humanité Sainte, pour intercéder : Il est le premier Paraclet, le second étant l’Esprit Saint.

Donc, l’Église, est ce Mystère de l’union des fidèles, qui a pour tête le Christ, et qui nous vivifie par le Don à travers la vie sacramentelle et par le Don de son Esprit pour faire un seul Corps avec Lui ; et pour employer une autre image paulinienne « Époux et Épouse », afin de recevoir cette vie divine et rentrer dans cette autre image nuptiale, image aussi qui traverse la Bible.

Alors, nous pouvons nous poser la question : mais ce qui est arrivé à Israël, ne pourrait-il pas arriver à l’Église ?

Est-ce que l’Église ne pourrait pas être rejetée par Dieu ?

La réponse est claire. Le Christ a tout accompli ; et c’est parce qu’il a tout accompli que l’Église ne peut pas être rejetée.

Jésus gouverne et vivifie son Église et Il a tout ressaisi. Si bien qu’Il peut dire à Pierre « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ».

Ce n’est pas la solidité de Pierre ou la solidité de chacun de nous. Il y a suffisamment d’évènements dans l’Église passée et récente qui nous feraient douter, à juste titre, de la possibilité de l’Église d’annoncer le Salut et de l’offrir ; mais c’est la Présence du Christ et le Don de son Esprit Saint qui la rend infaillible, non par elle-même, mais par son union au Christ et à l’Esprit Saint, pour vivre de la vie de Dieu et transmettre de façon authentique et en vérité cette vie ; au-delà de la faiblesse, des péchés, des infidélités et des reniements de certains de ses membres.

Alors, frères et sœurs, dans le Christ nous pouvons contempler que tout est accompli en plénitude, et avancer de manière sereine mais responsable, filiale, dans cette attitude de réception de la vie de l’Église. Et être surs que nous n’allons pas vers l’échec ou la faillite du corps ecclésial, mais dans la certitude que la Présence du Christ à travers l’humilité, qui passe nécessairement par l’humiliation, nous communique sa propre Vie afin de renouveler et sauver tout l’ensemble de l’humanité.

Alors dans cette célébration eucharistique, accueillons avec gratitude Celui qui vient à nous, qui veut nous transformer, nous transfigurer et soyons, pour aujourd’hui, les pierres vivantes de l’Église, dans le Christ, notre Seigneur et Sauveur.

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