Chers frères et sœurs,
Chaque année liturgique nous écoutons sans nous lasser, les récits de la Résurrection du Christ et la joie contagieuse que cette annonce a provoqué parmi tant d’hommes et de femmes.
Trois mille personnes nous disent aujourd’hui les Actes des apôtres qui accueillirent la parole de Pierre et furent baptisées. Comme aimait le répéter le Pape François : « La foi se propage par contagion. »
Mais le récit des Actes des apôtres nous montre aussi que très vite, la petite communauté judéo-chrétienne fut confrontée à la persécution. Dès après la lapidation d’Etienne, on lit que : « éclata, contre l’Église de Jérusalem, une violente persécution. Tous, sauf les apôtres, se dispersèrent en Judée et en Samarie » … Sauf les apôtres. Le capitaine ne quitte pas le navire lorsque le navire coule. Et fait étonnant, cette dispersion, cette diaspora des premiers chrétiens fut l’occasion encore plus grande, de répandre la Bonne Nouvelle, en particulier en Samarie, avec la prédication du diacre Philippe. Nous voyons, frères et sœurs, que subir la persécution fait partie de la vie de l’Église, hier comme aujourd’hui. Mais l’Esprit du Seigneur, hier comme aujourd’hui, donne aux membres de l’Église la force et la persévérance pour ne pas se laisser abattre. On peut lire toujours dans les Actes : les membres du conseil rappelèrent alors les Apôtres et, après les avoir fait fouetter, ils leur interdirent de parler au nom de Jésus, puis ils les relâchèrent. Quant à eux, quittant le Conseil suprême, ils repartaient tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus.
Le Pape Léon, dans son tout récent voyage en Afrique, a répété à de nombreuses reprises aux fidèles, à ceux qui l’écoutaient, « ne vous laissez pas décourager par l’adversité, gardez l’espérance. » Et ce message nous rejoint, nous, aujourd’hui.
Saint Pierre nous a rappelé que c’est pour nous que le Christ lui aussi a souffert … Insulté, il ne rendait pas l’insulte, dans la souffrance il ne menaçait pas, mais il s’abandonnait à Celui qui juge avec justice. Et Pierre, de poursuivre : par ses blessures, nous sommes guéris … des blessures qui guérissent.
Quand nous contemplons, frères et sœurs, le Christ bafoué, déshonoré – comme nous l’avons fait durant les jours saints, avant la Solennité de Pâques – nous comprenons mieux de quel amour le Christ nous a aimés, et continue de nous aimer. Par la puissance de sa Résurrection, la mort – nous l’avons chanté – a été terrassée, la mort a été abolie. Nous sommes, frères et sœurs, les disciples, et plus encore, les enfants d’un Dieu qui fait de nous des vivants. Comme nous le rappelle l’apôtre Jean : Voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes.
Jésus, dans l’Évangile, nous l’avons entendu, s’équipare à un berger, un bon berger, un beau berger, qui se fait entendre de ses brebis.
Si nous transposons l’image, le troupeau de brebis figurant le Corps du Christ, peut-être ne serons-nous pas très satisfaits d’être assimilés en tant que fidèles à un troupeau de brebis. Mais Jésus, par cette image « du berger et des brebis », veut souligner l’intime relation qui l’unit à chacune d’entre elles. Il appelle chacune par son nom, semblable à Dieu qui dans le livre d’Isaïe, s’adresse à Jérusalem en Israël en ces termes : Je t’ai gravé sur la paume de mes mains. Ce que le Pape François traduisait : « Je t’ai tatoué sur la paume de mes mains ». Mais Jésus dit aussi de lui, qu’il est la « porte des brebis », non pas une porte parmi d’autres, mais la porte, l’unique porte. Pierre, après la Pentecôte, rempli du feu de l’Esprit Saint, n’aura pas crainte d’affirmer devant le Sanhédrin : Il n’y a sous le ciel aucun autre nom offert aux hommes qui soit nécessaire à notre salut.
Oui, frères et sœurs, l’unicité du Christ pour notre salut fait substantiellement partie de notre foi catholique. Le décret conciliaire de Vatican II intitulé Ad gentes le dit de façon explicite. Je le cite : « Le Christ lui-même, nous inculquant la nécessité de la foi et du baptême, a du même coup confirmé la nécessité de l’Église, dans laquelle les hommes entrent par le baptême comme par une porte » … mais une porte grande ouverte sur l’extérieur. Les milliers de pèlerins dont nous avons fait partie, frères et sœurs, qui l’an dernier à travers le monde ont franchi la porte sainte des églises jubilaires qui étaient mises à leur disposition, se sont souvenus en franchissant la porte, qu’au jour de leur baptême ils ont franchi la porte qu’est l’Église, qu’est le Christ, les introduisant dans l’Église et faisant d’eux des membres vivants.
Tout au long de notre existence, le Christ « porte du Royaume » se donne à nous, il se donne à nous dans sa parole, les Saintes Écritures, qui nous font pénétrer à l’intérieur dans l’intelligence du Mystère de Dieu.
La porte du royaume dans ses sacrements qui sont autant de portes qui ouvrent sur la Jérusalem céleste, c’est-à-dire sur le Royaume des cieux.
La porte encore et non la moindre, de la charité fraternelle qui nous fait entrer au cœur même du Mystère trinitaire, et qui est la clé nécessaire pour entrer dans le Royaume des cieux.
Et toutes ces portes, frères et sœurs, qui se présentent à nous au long de notre existence, comme autant d’appels à entrer dans l’enclos qu’est l’Église, mais aussi à en sortir, car comme disait le cardinal Ratzinger, futur Pape Benoît XVI, « Il n’y a d’Église qu’en mission. Elle est message en route vers les peuples. »
En ce temps de Pâques, frères et sœurs, où l’Église enfante à la vie nouvelle dans les eaux du baptême tous ceux qui ont entendu la voix du bon Berger – et ils sont nombreux à travers le monde – et qui se mettent à sa suite, laissons-nous, nous aussi, renouveler à notre tour, dans la grâce du Ressuscité, Lui qui est tous les jours avec nous, comme il nous l’a promis, jusqu’à la fin des temps. Amen. Alléluia !



