Frères et Sœurs,

Dimanche dernier, après avoir choisi ses 12 apôtres, le Seigneur les envoyait en mission avec des pouvoirs de thaumaturge : possibilité de guérir les malades et toute sorte d’infirmité, de chasser les démons, et même de ressusciter les morts. Il leur annonçait aussi certaines oppositions ainsi que des persécutions affirmant que « le disciple n’est pas au-dessus de son Maître ».

Aujourd’hui à trois reprises nous entendons le Seigneur rassurer ses apôtres : « Ne craignez pas » ; à la seconde fois, Il fait mention de « ce qui est » à craindre : « Celui qui peut faire périr à la fois l’âme et le corps », laissant entendre que le corps est moindre que l’âme, car de fait il lui est subordonné, comme l’âme d’ailleurs tient sa vie de Dieu. On ne doit donc pas craindre « de proclamer sur les toits les vérités qui ont été enseignées par le Seigneur dans le creux de l’oreille » car tout ce que le Seigneur a dit est destiné à être connu dans le monde entier, et rien ne pourra s’opposer à sa transmission.

Naturellement le prédicateur, pour ce motif, peut se mettre en danger. Mais c’est alors qu’il ne doit pas craindre, puisque ses ennemis ne peuvent pas s’en prendre à son âme ! Et Jésus de réaffirmer que « Le seul ennemi à craindre serait celui qui pourrait faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps », ce qui ne peut pas arriver à ceux qui sont vraiment fidèle à Dieu. On doit penser que le Chrétien engagé ne craindra pas non plus, parce que selon la belle attestation du Seigneur d’aujourd’hui, il est à l’abri dans la main de Dieu « notre Père qui connait le nombre de nos cheveux et nous estime beaucoup plus que tous les moineaux du monde, ces moineaux qui tombent pourtant sans que Dieu ne le veuille ! »

Quelques versets auparavant, Il leur avait dit pourtant « Méfiez-vous des hommes, vous serez haïs de tous à cause de mon Nom ». Ces paroles résonnent étonnamment dans la bouche de Celui qui, paradoxalement dans le même évangile, délivre le commandement de l’Amour des ennemis ! Paroles qui nous montrent bien cependant que Jésus n’est pas un naïf, un doux rêveur comme certains peuvent l’imaginer. Le Christ en effet a éprouvé bien au contraire volontairement sous de multiples formes le Mal : la méchanceté et l’hostilité durant sa courte vie. Il a librement assumé ce Mal par amour, et dans l’amour, en se substituant à nous pour le présenter, comme Lui seul pouvait le faire, en un sacrifice rédempteur, agréable au Père.

De fait, plusieurs fois Il tente de montrer à ses disciples son nécessaire chemin d’oblation et Il les encourage à l’emprunter à leur tour, afin qu’eux et nous aussi, en l’aimant, puissions l’accompagner dans sa passion rédemptrice puisqu’elle nous concerne. Peut-être pouvons-nous nous-mêmes ressentir l’attrait d’expérimenter, selon sa providence, la forme d’adversité contemporaine qui s’érige devant l’évolution de notre humanité moderne coupée de Dieu. Le mal, le péché et la mort font partie de l’existence déchue de notre humanité de tous temps, et nous avons là l’exigence de l’éprouver, conformément au temps qui nous a été dévolu.

Le passage de la lettre de St Paul nous réconforte sur cette certitude du Salut acquis et proposé à tous ; la foi nous communique une force surnaturelle qui nous permet de poursuivre le bon combat spirituel. Celui-ci trouve son soutien et sa réalisation à juste titre dans le mystère de l’œuvre du Christ auquel nous participons par sa grâce.

Étrangement aussi, Jésus nous révèle : « Tout ce qui est voilé sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu. » Chez les hommes en effet tout n’apparait pas immédiatement, car toute la réalité des choses, depuis le péché originel, ne peut plus être clairement perçue. Ainsi nous ne pouvons pas nous fier totalement à ce que nous percevons ou à ce que nous ressentons. Il est important de le souligner, surtout à notre époque irréligieuse où l’homme est souvent relayé au niveau de sa seule condition matérielle ou rationnelle.

La crainte dont parle ici Jésus à ses disciples semble donc être liée davantage à la mentalité du monde qui ignore les réalités spirituelles, ces réalités qui appartiennent à Dieu et qui demeurent cachées, mais néanmoins plombent sans le savoir les consciences bornées ou enténébrées.

Il est donc bon d’entendre St Paul rappeler en ce jour la vertu du Mystère pascal qui reste toujours actuelle pour le Chrétien. La mort corporelle infligée par les ennemis de la Parole apparait alors négligeable puisque la Vie donnée par le Christ l’a détruite et que Celle-ci toute nouvelle, lui est beaucoup plus puissante. Le premier Adam qui est à l’origine de la mort n’était que la figure d’un Autre : Celui qui devait venir ; or « Il n’en va pas du don comme de la faute…combien plus la grâce d’un seul homme, Jésus Christ, comblera la multitude … »

St Paul ne parait peut-être pas ici, assez tenir compte de notre faiblesse, mais le risque que le témoin (le chrétien) aura accepté, lui vaudra de participer au Royaume ; au contraire le refus, ne pourrait que l’en exclure.

Dans la vie il sera toujours difficile de faire la part convenable, entre l’audace nécessaire et la témérité dangereuse parce qu’inutile. Ce qui importe à ce moment, ce n’est pas tant de prendre une détermination concrète, que de savoir discerner en nous-mêmes sous la Lumière de l’Esprit Saint afin ensuite de demander à Dieu de nous libérer de cette crainte pour qu’Il nous fortifie dans la confiance pleine d’Espérance qui nous habite.

Qu’il en soit ainsi, amen !

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