Homélie du dimanche 1er mai 2022 – 3ème Dimanche de Pâques – Année C

Par le Frère Jean-Marie

Le texte de cette homélie n’a pas été relu par le prédicateur. Le style oral a été conservé

 

« Suis-moi ! »

Frères et sœurs bien aimés, en ce dimanche, Jésus ressuscité s’adresse à chacun et chacune d’entre nous, quelle que soit notre situation, notre état. Jésus nous dit, Jésus te dit : « suis-moi ! »

Suivre Celui qui se définit comme Le chemin : qui n’est pas un chemin quelconque, qui n’est pas une voie sans issue, qui n’est pas un périphérique qui tourne en boucle.

Jésus est Le chemin.

Un chemin qui conduit à la vie, un chemin qui est déjà La vie. Jésus se définit comme Celui qui est le chemin, la vérité et la vie. Un chemin qui mène vraiment au Royaume avec les moyens adaptés pour atteindre ce but, et qui est déjà la vie donnée.

Donnée dans la foi, dans la Parole de Dieu, dans les sacrements, dans l’Évangile, afin de recevoir par cette adhésion de la foi, la vie éternelle en germe ici-bas, en action, et plus tard dans la plénitude, avec la résurrection de la chair ; et ce but final de toute l’humanité : de vivre dans le bonheur divin, dans la Trinité.

Quel est le but de l’humanité ? De vivre ensemble, tous, comme des frères et sœurs dans le Royaume de Dieu, dans la plénitude de la lumière, du bonheur et de l’amour. C’est bien de l’amour dont il s’agit, dont Jésus nous parle dans cet évangile. L’être humain est fait pour aimer ; il a été créé par amour. Chaque être humain dès sa conception est voulu par Dieu avec une destinée éternelle et un amour personnel (personnalisé).

D’où la nécessité de préserver toute vie humaine dès sa conception.

Chacun est aimé ! L’expérience humaine, le savoir humain, mais aussi la révélation, nous montre que l’être humain est fait pour être aimé et pour aimer : telle est la substance de notre vie ! Cet amour se manifeste dans une relation puisque nous avons été créés à l’image de Dieu, à sa ressemblance ; Jésus nous appelle personnellement à rentrer dans cette relation d’amour.

Quand Jésus s’adresse à Pierre, il lui dit : « m’aimes-tu ? » ; mais à deux reprises, il emploie le mot particulier qui désigne la charité dans le Nouveau Testament, le mot Agapè, qui est le propre de la charité chrétienne ; et Pierre lui répond par un autre mot qui est celui de « l’amour-d’amitié » ; et Jésus pour la troisième fois lui dit « m’aimes-tu ? », et emploie le même mot que Pierre. Cela n’enlève rien à son amour mais Jésus s’adapte à la conscience de Pierre.

Si nous sommes faits pour l’amour, si l’humanité a été créée par amour, pour la finalité de vivre dans cette communion de Dieu, cette déification de chaque être humain – de toute l’humanité – nous faisons l’expérience que la relation d’amour est extrêmement difficile, nous sommes tous cabossés et nous nous cabossons les uns les autres… c’est l’expérience !

La relation est à la fois la réalité la plus belle qui existe dans la vie, et la plus difficile : avec ces échecs, ses souffrances (on souffre, on fait souffrir les autres, c’est l’expérience quotidienne). Et pourtant, il y a une vérité beaucoup plus profonde qui dépasse nos échecs : l’amour de Dieu ! Jésus appelle Pierre à rentrer à nouveau dans cet amour. Jésus ne nous fait jamais de reproches (c’est nous qui nous faisons des reproches… on les adresse aux autres). Jésus ne fait pas de reproches, il nous prend dans la situation où nous sommes, il nous élève, il nous dit : « m’aimes-tu ? »

Quand nous commettons des péchés (faut éviter de les commettre !), nous recevons le pardon de Dieu dans le sacrement de pénitence ; mais c’est confidentiel. Quand Dieu a pardonné, c’est pardonné ! C’est une recréation !

– Ce n’est pas une ardoise ou un bilan comptable : on fait le passif et l’actif ; le résultat est en positif ou négatif… Dieu n’agit pas ainsi ! –

Le Seigneur nous pardonne, nous recréée dans sa miséricorde. Ainsi Pierre est recréé alors qu’il a péché publiquement… nous, quand nous péchons, c’est secret – si j’ose dire. Mais le péché de Pierre a été publié dans tous « les médias », aussi, on le répète sans arrêt dans la liturgie : Pierre, le chef des apôtres, celui sur qui Jésus base l’Église, c’est celui qui renie !…et pourtant Jésus ne lui enlève pas sa mission… il le ressaisit, non pas en faisant des reproches, avec des regrets, des menaces… Il le regarde lors de sa passion… et Pierre pleure !

Là, Jésus le reprend (dans l’évangile selon st Jean, dans cette finale), Jésus s’adresse à Simon-Pierre : « m’aimes-tu ? ». Il le ressaisit dans l’amour.

Jésus se conduit de la même manière pour chacun et chacune d’entre nous. Jésus vient nous chercher là où nous sommes, dans notre péché, privé, public. Il vient nous saisir pour nous dire : « m’aimes-tu ? »…pour nous remettre debout. Jésus nous fait confiance au-delà de notre faiblesse.

Ce n’est pas un encouragement pour dire : « Faisons n’importe quoi et tout ira bien ! » : c’est la réalité de notre faiblesse que le Seigneur, le Sauveur, vient ressaisir, transformer, transfigurer, pour sans cesse nous redonner vie et nous ouvrir à sa miséricorde.

Cette miséricorde nous ouvre à une mission : nous sommes aimés, et nous constatons que nous sommes des pauvres, des petits, des ratés bien souvent… le Seigneur vient nous ressaisir dans notre faiblesse, dans notre orgueil inversé qu’est la déprime, pour nous relever, nous transfigurer et nous confier une mission, comme il confie l’Église à l’apôtre Pierre (il a renié publiquement, lui le chef des apôtres !)

Jésus nous dit : « Veux-tu me suivre ? M’aimes-tu ? »… Et : « Suis-moi ! »

Mais : « Suis-moi… où ? »

« Suis-moi dans ta vie »

Chacun, nous avons une vocation, une mission unique, selon notre âge, notre parcours, notre histoire familiale, notre donnée génétique, etc…

Nous sommes appelés à répondre à l’amour de Dieu, à vivre dans cet amour ; mais aussi à accomplir une mission par amour de Dieu. Et servir nos frères et sœurs en humanité afin qu’ils connaissent cet amour et cette miséricorde.

L’humanité meurt d’asphyxie par manque de miséricorde !

Et, en tant que chrétiens, nous sommes appelés à être témoins – non pas de manière ostentatoire ou excessive (en faisant parler de nous) mais dans la réalité de notre vie, de notre chair – de la miséricorde de Dieu, et d’être signes de cette miséricorde qui est la circulation de la vie pour l’humanité.

Alors, que cette célébration eucharistique soit pour nous aujourd’hui, une prise de conscience, à frais nouveaux, que nous sommes aimés, que notre vie a une valeur éternelle – comme la vie de chaque être humain dans toute l’histoire de l’humanité.

Il n’y pas deux humanités !

Nous sommes aimés et nous sommes graciés. C’est la devise du Pape François (en latin) qui pourrait être exprimée comme : « pardonnés et choisis »… « Graciés et élus »… En même temps !

Nous sommes des êtres choisis par Dieu et il nous fait miséricorde. C’est un amour de miséricorde qui vient nous sauver. Le principal attribut de Dieu à notre égard, c’est sa miséricorde.

Cette miséricorde n’est pas statique ; nous sommes graciés, mais c’est pour vivre pleinement comme fils et filles de Dieu, par cette adoption filiale qui nous est donnée par le baptême et à travers la vie sacramentelle, et qui nous donne une mission !

La mission de vivre dans cette miséricorde et cet amour, pour être des témoins actifs et authentiques de la miséricorde divine.

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