Cher frères et sœurs
Cette parabole vient après celle des vignerons homicides, chez saint Mathieu ; elle concerne le festin messianique prophétisé plusieurs fois dans l’Ancien Testament, notamment en ce dimanche dans la première lecture du prophète Isaïe.
Il nous est raconté l’invitation réitérée, puis la réponse au festin des noces qui conclut l’Alliance de Dieu avec tous les peuples. Dans la première partie de la parabole, tous les hommes sont donc déjà appelés, mais ici comme dans la parabole précédente, l’offre n’est pas reçue parce que les élus, les invités, sont accaparés par les multiples affaires de ce monde ; la Parole de Dieu reste lettre morte, elle est méprisée ! On peut penser comme certains Pères que ces premiers serviteurs représentent les prophètes de l’Ancien Testament qui ont été maltraités et tués !
Dans la deuxième partie de la parabole, les serviteurs sont envoyés cette fois, sur tous les chemins pour rencontrer, comme le précise l’évangéliste, « bons et méchants », ce qui souligne ainsi non seulement l’universalisme de l’appel, mais aussi la possibilité d’accepter la grâce du Salut adressé par le Christ à tous. L’invitation concerne non seulement les premiers invités mais encore ici aussi, ceux qui ne l’étaient pas. Ce festin d’abord limité aux meilleurs, s’ouvre donc à tous avec toute l’amplitude infinie de l’Amour de Dieu.
Cependant la suite nous déconcerte ; car lorsque le Roi, Dieu le Père, entre dans la salle des noces pour voir les convives, Il s’aperçoit qu’un homme ne porte pas son habit de noce, Il l’interpelle en manifestant une sainte colère : « comment mon ami, es-tu entré ici sans avoir l’habit requis ? » Mais l’homme qui malheureusement n’a pas le désir profond de l’acquérir, et qui n’espère rien de la divine miséricorde pourtant désormais manifestée sur la Croix, garde le silence !
Cette répartie inattendue montre l’importance de la réponse que l’homme doit donner face au mystère du Salut de Dieu, ce Salut est offert à tous onéreusement mais toujours gracieusement. Évidemment ce Salut avec ses effets merveilleux, doit être reconnu comme un Don par tous les Chrétiens confirmés, ils doivent apprendre en Église que ce vêtement de noce nous est déjà donné au Baptême par le Seigneur. Le Christ nous recouvre en effet de son vêtement, non seulement afin de recevoir sa Lumière et son Amour, mais aussi pour pénétrer progressivement dans son propre mystère d’Alliance intime « d’épousailles ». Il y a dans le mystère d’Alliance de Dieu avec les hommes un caractère nuptial à découvrir par la prière. Tous les fidèles sont amenés à percevoir la joie de partager la nouvelle vie apportée par l’avènement du Christ vainqueur du mal. Ce mal qui rode hélas toujours bien vivant dans le monde ; ce monde qui nous distrait de Dieu jusqu’à vouloir nous en séparer.
L’avertissement dernier évoque bien une sorte de menace, car il y a toujours le danger de confesser sa foi par habitude, sans entrer dans les exigences du Mystère de l’Amour de Dieu. Il est indispensable de persévérer dans notre conversion personnelle, et pour cela nous avons besoin de cultiver la crainte de Dieu à travers des formules qui peuvent poser problème pour certains, mais qui paraissent être pour nous avant tout d’ordre pédagogique.
Ainsi celle de ce dimanche parce que nous la retrouvons ailleurs à la manière d’un avertissement dans l’Évangile. « La multitude est appelée, mais les élus sont peu nombreux ! »
Elle vient ici de fait, pour souligner l’importance de la valeur de l’option qui nous engage vis-à-vis de Dieu, et de l’exigence du sérieux de notre réponse…
À l’Amour inconditionnel du Seigneur qui s’exprime « jusqu’après sa mort » doit correspondre dans la grâce, et par la grâce, un amour semblable… Ne nous donne-t-Il pas de participer déjà à la puissance de la Résurrection du Christ !
Oui, Revêtus de sa Lumière et de son Amour, nous avons l’obligation d’y correspondre par un amour divin, pour ainsi dire, parce que toujours prêt à dépasser nos limites humaines.
Une question en finale se pose : nous laissons-nous vraiment prendre par cette Lumière et par cet Amour dont nous enveloppe le manteau du Seigneur ?
Il convient en effet de nous interroger souvent sur la qualité de notre Amour pour Dieu. Saint Augustin n’hésitait pas pour cela à identifier l’habit nuptial à la Charité déployée, car la Charité est le but suprême que vise le grand commandement du Christ !



