« Le règne de Dieu est tout proche, convertissez-vous et croyez à l’évangile » verset de l’alléluia. Il s’agit là de ce que l’Église appelle d’un nom grec le kérygme, c’est-à-dire l’annonce de l’Évangile, autrement dit de la Bonne nouvelle.

Déjà, Jean le Précurseur proclamait dans le désert de Judée : « Convertissez-vous : le Règne de Dieu s’est approché ! » Avant Jésus, se convertir signifiait toujours revenir en arrière, changer de route, revenir sur ses pas. Avec Jésus, la première injonction n’est pas « Convertissez-vous » mais : « Le règne de Dieu est tout proche ». C’est parce que le Royaume des cieux est déjà parmi nous que notre cœur et notre vie doivent changer pour être dignes d’y entrer. St Augustin disait que « Personne ne peut commencer une vie nouvelle s’il ne se repent de sa vie antérieure. »

Se convertir, pour Jésus, c’est un saut en avant, une entrée dans le Royaume : « Convertissez-vous, CAR le Royaume de Dieu est parmi vous. » Se repentir et croire ne sont pas deux choses consécutives, mais une même action : « Convertissez-vous » donc croyez ! C’est ce que St Paul appelle « passer de la Loi à la grâce » ou bien « de la vie selon la nature à la vie dans l’Esprit ».

Toujours dans l’Évangile de Matthieu, dans un autre passage, Jésus va plus loin : « Si vous ne vous repentez pas et ne retournez pas à l’état d’enfant, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux ». Ici, se convertir, c’est retourner en arrière au temps où l’on était enfant ! Il s’agit de se décentrer. On est peut-être depuis longtemps au service du Christ, on a cru à l’évangile mais on reste trop centré sur soi-même (exemple des apôtres Jacques et Jean : « Accorde-nous d’être assis dans le Royaume, l’un à ta droite, l’autre à ta gauche »). Jésus leur présente une révolution copernicienne : il faut se décentrer de soi-même et se recentrer sur le Christ ; St Paul le dit bien en 2 Cor 5,15 : « Il est mort pour tous afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité ». On ne peut être plus clair : il faut se dessaisir de soi.

Enfin dans les Actes, l’appel à la conversion est signifié par un appel au repentir : « Repentez-vous et vous recevrez le don du St Esprit ». En entendant ces paroles de l’apôtre Pierre, les Actes nous disent que tous les auditeurs « eurent le cœur transpercé ». Par contre quand Pierre fait le même discours devant le Sanhédrin, on dit qu’ils « sentirent leur cœur frémir de rage », et non de contrition. Pour eux comme pour nous deux chemins possibles s’ouvrent : la componction (repentir) ou l’endurcissement.

La Parole de Dieu fait appel à un changement intérieur, changement de mentalité, de jugement, de perception de soi. Se repentir, c’est entrer dans le cœur de Jésus et commencer à voir le monde, l’Église, sa vie, de la façon dont Dieu la voit.

Les 12 apôtres dont les noms sont donnés dans l’évangile qui vient d’être proclamé sont passés par ce chemin de conversion.

Ils se sont mis à l’école de leur Maître, Jésus, « doux et humble de cœur », qui les a conduits. C’est Jésus qui les a choisis, ce ne sont pas eux qui ont fait le premier pas : « Toi, suis-moi ! ».

Jésus les a choisis non pour ce qu’ils étaient, ni parce qu’ils changeraient en vivant à ses côtés, mais parce que Lui, le Seigneur, désirait qu’ils deviennent ses apôtres (ses envoyés). Ils vont apprendre à aimer le Christ avant d’être ses ministres.

C’est ainsi que le Seigneur agit encore parmi nous. C’est une nouvelle révolution copernicienne que de devenir chrétiens : ce n’est pas nous qui tournons autour de Dieu pour le chercher, pour l’aimer, mais c’est Lui qui tourne autour de nous pour mendier notre confiance. L’Écriture le dit bien en 1 Jean 4,10 : « En ceci consiste l’amour de Dieu, ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu le premier, c’est lui qui nous a aimés ».

« La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux ». Tout d’abord réjouissons-nous de ce que la moisson est abondante, à savoir que tant d’hommes et de femmes, proches de nous ou lointains, attendent de connaître le chemin de Vie qu’est le Christ…mais dont personne ne leur a parlé en vérité.

Et si dans notre cœur naît le désir de nous mettre comme les apôtres à la suite du Christ, parce que son Esprit nous en aura insufflé le désir … alors, comme dit le psaume : « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, ne fermez pas votre cœur » Psaume 94.

Nous avons reçu gratuitement, donnons gratuitement. Amen !

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