Chers frères et sœurs,

Un feu s’est allumé au cœur de la nuit, une lumière a resplendi dans nos ténèbres, une aube nouvelle s’est levée en nos cœurs : Christ est ressuscité !

À l’aube qui pointe après le grand sabbat, nous nous sommes avancés avec les saintes femmes, Marie-Madeleine et l’autre Marie, venues contempler le sépulcre, devant une pierre fermée contenant le secret :

Derrière la pierre – Mystère/Derrière la pierre – Un monde ancien s’en est allé/Trépassé -Un monde nouveau a dépassé -Ce que nul œil ne peut percevoir -Ce que nul cœur ne peut concevoir/ Derrière la pierre -Naît un chant qui s’élève, secret -Que l’oreille ne peut percevoir/Derrière la pierre -Il ne restera que des traces/Derrière la pierre un chemin s’est ouvert.

Dans un autre évangile, celui de Marc, les femmes demanderont : « Qui nous roulera la pierre de devant le tombeau ? »

Et voici que l’Ange du Seigneur, fulgurant, roule la pierre, s’assit dessus et dit : « Vous qui êtes venus, soyez sans crainte ! Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité, comme il l’avait dit. Venez voir l’endroit où il reposait ». L’endroit de la mort est vide, seules resteront les traces d’un suaire et des bandelettes que trouveront plus tard les disciples.

Alors le chant du Christ peut s’élever : « Tu ne peux m’abandonner à la mort ni laisser ton ami voir la corruption. Tu m’apprends le chemin de la vie : devant ta face, débordement de joie ! » Ps 15

Oui, le Christ Jésus a traversé les affres de la passion, il a traversé les ténèbres de la mort, il nous entraîne dans sa louange. Le Christ nous entraîne dans son action de grâce et dans sa totale confiance en la présence indéfectible et aimante du Père, dans son infinie confiance dans le secours et la puissance de l’Esprit Saint, Esprit de Vérité, d’Amour et de Vie.

Sur la croix au moment redoutable de son passage, de son humanité meurtrie son cri avait jailli : « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ! » Ce cri est le nôtre devant tout ce qui meurtrit notre humanité, devant tout ce qui meurtri notre foi, devant tout ce qui fait vaciller notre espérance. Et cependant du fond même de son esprit, Jésus avait dit cette autre parole :

« Père, entre tes mains je remets mon esprit ! »

« Oui, tu ne peux m’abandonner à la mort ! » Le Christ Jésus porte ce cri d’espérance pour toute l’humanité. C’est dans cette infinie confiance que le Christ Jésus s’est relevé d’entre les morts. C’est maintenant dans la lumière de son amour et de sa résurrection que le Christ vient à notre rencontre, comme il vient à la rencontre des saintes femmes aux premières lueurs du matin de Pâques. Il vient à notre rencontre avec sa salutation de Paix, sa Paix bénie. Il vient non pour juger, mais pour sauver.

Il nous donne son souffle, ce souffle par lequel nous le saisissons, pour annoncer au monde entier : Il est vivant, c’est bien lui, nous le voyons ! Au fond même de notre cœur, dans le souffle de son Esprit, il nous dit : « C’est moi, ne crains pas, je suis le vivant à jamais, celui qui a donné sa vie pour toi. »

C’est le mystère de l’Église, Corps du Christ. Cette Église corps du Christ que nous formons, qui est le corps blessé, meurtri, et qui est le corps guéri, réconcilié, ressuscité. C’est le mystère du corps de l’humanité qu’il a embrassée, une humanité si imparfaite, aux fractures si béantes, et cependant, tant aimée. L’humanité assumée dans cette grâce infinie qui nous devance, pour que nous puissions entrer dans son mystère de vie, et le suivre dans les œuvres de sa grâce.

Oui, le Christ Jésus nous invite et nous entraîne dans sa victoire : « Il est à ma droite, je suis inébranlable. Ma chair elle-même reposera dans l’espérance : tu ne peux m’abandonner au séjour des morts ni laisser ton fidèle voir la corruption. Tu m’as appris les chemins de la vie, tu me rempliras d’allégresse par ta présence. »

Sa présence est là, qui assume notre faiblesse et nous entraîne en son infinie confiance sur son chemin d’amour et de vie.

Je vous partage cette homélie de St Jean Chrysostome pour le saint jour de Pâques :

« Que tout homme pieux et ami de Dieu jouisse de cette belle et lumineuse solennité ! Que tout serviteur fidèle entre avec allégresse dans la joie de son Seigneur !

Celui qui a porté le poids du jeûne, qu’il vienne maintenant toucher son denier. Celui qui a travaillé depuis la première heure, qu’il reçoive aujourd’hui le juste salaire. Si quelqu’un a tardé jusqu’à la neuvième heure, qu’il approche sans hésiter. S’il en est un qui a traîné jusqu’à la onzième heure, qu’il n’ait pas honte de sa tiédeur, car le Maître est généreux, il reçoit le dernier comme le premier ; il accorde le repos à l’ouvrier de la onzième heure comme à celui de la première ; il fait miséricorde à celui-là, et comble celui-ci. Il accueille les pauvres et reçoit avec tendresse la bonne volonté.

Ainsi donc, entrez tous dans la joie du Seigneur ! Premiers et derniers, recevez la récompense. Riches et pauvres, chantez-en cœur tous ensemble. Les vigilants comme les nonchalants, honorez ce jour. Vous qui avez jeûné, et vous qui n’avez pas jeûné, réjouissez-vous aujourd’hui. La table est préparée, mangez-en tous…que nul ne s’en retourne à jeun. Que nul ne déplore sa pauvreté, car le Royaume est apparu pour tous…Que nul se lamente de ses fautes, car le pardon a jailli du tombeau. Que nul ne craigne la mort, car la mort du Sauveur nous en a libéré. L’enfer est rempli d’amertume, car il a été joué… l’enfer est bouleversé, car il a été anéanti. Ô mort, où est ton aiguillon ? Enfer, où est ta victoire ? Christ est ressuscité et tu as été terrassée… Christ est ressuscité et voici que règne la vie. Christ est ressuscité et il n’est plus de morts dans les tombeaux.

À lui gloire et puissance dans les siècles des siècles ! Amen. »

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