II nous est donné en ce jour de célébrer la grande fête de la Transfiguration du Seigneur, que nos frères orthodoxes et autres Chrétiens d’Orient appellent « la fête des fêtes », parce qu’elle nous dévoile explicitement l’identité divine et déjà glorieuse de notre Seigneur Christ.
Dans cette scène extraordinaire en effet, il nous est découvert la communion intime de Jésus le Christ avec son Père céleste et sa communion avec l’Esprit Saint. La communion du Christ avec le Père, qui comme à son Baptême nous fait entendre sa Voix d’agrément « Celui-ci est mon Fils bien aimé en qui j’ai mis tout mon Amour », auquel s’ajoute pour les apôtres et pour nous, la recommandation : « Écoutez-le ! ». Conjointement à cette voix, nous est montré aussi sa communion avec le St Esprit, puisque Celui-ci apparait sous l’aspect d’une nuée de lumière, en même temps qu’II réalise l’éblouissante transfiguration du corps même du Christ.
Cette double et parfaite communion des Personnes divines semble établir en ce jour dans la Trinité sainte elle-même une troisième communion, celle du Fils avec l’humanité, celle de l’Alliance nouvelle de Dieu avec les hommes, la communion des rachetés. Cette dernière se trouve représentée dans cet épisode de lumière surnaturelle par les deux grands personnages qui préparent le peuple de Dieu à recevoir son Dessein de Miséricorde. Ce sont : Moise et Elie, qui figurent ici la loi et les prophètes de l’Ancien Testament et dont le Christ revendique dans les évangiles plusieurs fois l’accomplissement. Pour une telle révélation, il est nécessaire aussi que soient présents – et c’est voulu expressément par le Seigneur – les trois apôtres Pierre, Jacques et Jean, qui en quelque sorte, figurent les témoins du nouveau peuple Chrétien et fait apparaitre par-là, la vérité du serment de l’alliance que Dieu réalise avec le genre humain.
Cette scène éclatante, spectaculaire, est une épiphanie de Dieu, miraculeuse intervention, où Dieu Invisible se montre exceptionnellement à travers des corps visibles sensibles, et non plus par des manifestations angéliques ; c’est pourquoi certains Pères l’appelaient encore : Théophanie. L’Invisible divin se rend visible à nos yeux malvoyants, chassieux. Une grande fenêtre s’ouvre un instant pour nous sur l’éternité bienheureuse. C’est l’homme nouveau descendu du Ciel que nul ne peut convaincre de pécher, qui apparait, et dont le visage rayonne de pureté et de sainteté. C’est le nouvel Adam dont les vêtements blancs rayonnent la lumière qui redonne à notre humanité charnelle la promesse d’immortalité. La révélation de cet habit de lumière est celui de l’homme du 6ème jour de la création, le nouvel Adam, et il nous dira dans l’évangile de St Jean qu’Il est Lui-même la lumière véritable et la clarté qui brille dans nos cœurs… St Paul ajoutera : Lumière qui fait resplendir, la connaissance de la gloire de Dieu.
Depuis l’Incarnation et le Baptême, tout homme croyant a le pouvoir de devenir lui-même par le don de la grâce, le temple vivant de Dieu. Si bien qu’il n’est plus seulement une créature spirituelle reliée à Dieu, mais encore participe à la « nature divine » du Christ ressuscité dont parle St Pierre dans sa dernière lettre ; en sorte qu’il se trouve introduit par l’Esprit dans le processus de croissance du Royaume qui advient, et se place en puissance de Divinisation !
Voilà, frères et sœurs, de quoi nous faire rêver, élever nos pensées sur le futur de nos existences ! Quelle merveille pouvons-nous espérer et désirer de plus ?
Depuis que le Verbe de Dieu « a pris corps et âme », son humanité se trouve « en relation » non plus seulement avec le Père, et l’Esprit Saint, mais aussi en effet avec tous les hommes. Le feu de Sa lumière embrase l’humanité comme le buisson ardent, et par son baptême d’eau, celle-ci se trouve ointe de l’Esprit divin. Saint Paul nous dit que nous devons croire que : « En Lui, habite corporellement la Divinité », et il ose ajouter : vous, c’est-à-dire nous, vous êtes associés à sa Plénitude. La Transfiguration du Seigneur nous ouvre donc à cette possibilité inconcevable de notre propre transfiguration divinisante.
Autrement dit, avec ses trois disciples privilégiés, le Christ veut ouvrir nos yeux d’aveugles pour les rendre clairvoyants à la lumière de sa grâce. Dans la foi après eux, nous sommes illuminés et rendus lucides à son Mystère qui se termine non seulement à sa mort et sa résurrection, mais encore à son Ascension glorieuse.
Cette réflexion en amène une autre, conformément au déroulement du Salut qui se révèle dans la Bible, le but de la transfiguration est que Dieu, après avoir commencé à se faire connaitre et à se faire proche de l’homme, cherche maintenant à se laisser voir dans son corps de lumière, non seulement pour le sauver, mais le « faire vivre autrement : en Lui : divinement ».
II faut donc nous laisser conduire par l’Esprit Saint dans cette adhésion d’amour du Père vis-à-vis de son Fils incarné, qui ira jusqu’à accepter la Croix. Alors nous pourrons saisir que la Transfiguration peut nous fortifier dans nos chemins de peines, car elle est aussi l’expression de la Compassion de la sainte Trinité à l’égard de tout le genre humain qui souffre, et veut lui faire partager Sa Gloire. Amen.



