« Ce jour que fit le Seigneur est un jour de joie » ! Et depuis la grande Vigile pascale célébrée cette nuit, nous ajoutons Alléluia ! Cet Alléluia va résonner tout au long du Temps pascal, jusqu’à la Pentecôte, à travers les chants et les prières liturgiques, pour exprimer la joie de l’Église, la joie des baptisés de cette nuit et de ce jour de Pâques, notre joie à tous, la joie du Christ ressuscité.
Cette joie s’enracine dans celle de Marie-Madeleine et des deux disciples qu’elle a conduits au tombeau au petit matin et qui, « jusque-là », précise saint Jean, « n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. » Leur tristesse s’est changée en joie quand ils ont compris cela.
La joie de Pâques n’est pas une joie béate mais la joie de la foi en la victoire de la vie sur la mort. C’est cette joie de la foi qui donne sa pleine dimension à notre existence si humaine et si limitée en tous domaines. Elle n’augmente pas nos vies, mais elle nous donne vie et espérance, comme le dit saint Paul : « vous êtes ressuscités avec le Christ » (2ème lect.), en d’autres termes : vous n’êtes plus livrés à vous-mêmes, vous n’êtes pas sans espérance, vous êtes nés à la vie nouvelle qui vient du Ressuscité et promis à la gloire dans son Royaume.
Nous savons que ce jour de Pâques ne mettra pas fin aux horreurs et au mal du monde, à la guerre, à la corruption, aux maladies et autres fléaux qui affectent l’humanité. Nous savons que de nombreuses personnes, en ce jour, vivent plus un calvaire qu’une résurrection. Pâques ne change apparemment rien. C’était déjà le cas au moment de la Pâque de Jésus puisque les deux disciples qui se rendaient à Emmaüs, le troisième jour après sa mort, étaient comme abattus, profondément attristés de voir que l’événement de la passion, de la mort et de la résurrection de Jésus n’avait apparemment rien changé.
Le changement n’est effectivement pas attendre tant du côté des instances extérieures qui dirigent le monde qu’à un niveau profond. Ce qui change, c’est qu’au cœur des drames et des tragédies de ce monde, la foi donne une espérance unique, une « invincible espérance », comme le disait frère Christian de Chergé, moine de Tibhirine. Oui, au cœur d’une réalité oppressante et éprouvante, le Christ ressuscité allume et maintient en nous la flamme de la vie et de l’espérance qui n’a rien d’une motivation psychologique ou de circonstance. La grâce de la résurrection de Jésus agit aujourd’hui comme hier au fond des cœurs de celles et ceux qui veulent bien s’y ouvrir et s’y disposer car Jésus ne s’impose à personne. C’est donc humblement, comme Marie-Madeleine et les disciples, le matin de Pâques, que nous devons nous approcher du tombeau ouvert et vide. La différence de ce vide avec d’autres réalités vides de tout, c’est qu’il n’est pas pur néant mais signe pour dire une Présence : « Il n’est pas ici, car il est ressuscité » (Mt 28,6) entendions-nous cette nuit.
Voilà la Bonne Nouvelle de Pâques que nous célébrons et qui habite nos cœurs : « Il est ressuscité » !
Nous ne le voyons ni ne pouvons le toucher, mais nous venons le recevoir : en cette Eucharistie Il se rend présent et se donne à nous sous les signes du pain et du vin. Le Ressuscité nous invite par là à changer notre regard, notre cœur, pour discerner sa présence sans nous appuyer sur des miracles ou des manifestations extraordinaires mais sur la certitude de la foi qui nous vient des premiers témoins de sa vie, de sa mort et de sa résurrection.
Jésus est présent au milieu de nous, il est vivant en nous, il nous rejoint et nous donne vie beaucoup plus que nous ne l’imaginons et certainement mieux que nous ne pourrions le faire par nous-mêmes car notre vie ne vient pas de nous ; nous la recevons, nous l’accueillons.
C’est cela qui a poussé Paul à écrire aux Galates : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. » (Ga 2,20). Nous n’en sommes peut-être pas encore là, mais nous avançons sur le même chemin de foi, croyant à la victoire de la vie sur la mort, croyant à la victoire du bien sur le mal, du pardon sur le péché, de l’amour sur la haine. C’est cela Pâques ! La joie pascale nous tient donc dans l’humilité du quotidien très humain, et elle nous apporte une belle espérance.
Que l’Alléluia de Pâques habite nos cœurs et transforme nos vies !



