40 jours après la Fête de la Transfiguration nous fêtons l’Exaltation de la croix ; 40 jours : un accomplissement.

Durant la semaine de la Passion (5ème semaine de Carême) la liturgie latine chante le Vexilla regis dont voici la première strophe : « Les étendards de notre Roi s’avancent, sur nous brille le mystère de la Croix, sur elle la vie a souffert la mort, et par la mort nous donne la Vie ».

Sur nous…sur elle… deux facettes d’un Mystère unique de la croix : sur nous brille la croix, mais sur elle « la vie a souffert la mort ». On pourrait presque dire : au Christ la souffrance, car ici la vie c’est le Christ, à nous le fruit de la mort du Christ, c’est à dire la Vie.

  1. Clément de Rome comparait la croix à un grand arbre : « A son ombre j’ai dressé ma tente, et fuyant les chaleurs excessives, j’y trouve un abri plein de rosée (…) Si j’ai peur de Dieu, cet arbre est ma protection, si je trébuche il est mon appui, dans la lutte il est mon prix, et dans la victoire, mon trophée ». Et St Augustin, dans ses Confessions, aura cette exclamation en contemplant le crucifié : « Vainqueur, parce que victime ». On est à l’antipode de l’esprit du monde, pour lequel le mot « victime » est synonyme d’infamie, d’échec, et de cette « infamie » jaillit la victoire … Paradoxe du Mystère chrétien. Victime, Jésus est par excellence la figure de l’innocent, prophétisé par le prophète Isaïe : « Sans beauté ni éclat nous l’avons vu et sans aimable apparence, objet de mépris et rebut de l’humanité (…) c’est grâce à ses plaies que nous sommes guéris ».

La mosaïque de la coupole de la Basilique S. Clément de Rome peut nous aider à comprendre cela, où l’artiste a voulu figurer la rédemption de l’humanité et de toute la création, opérée par Jésus Christ en mourant sur la croix. Dans une coupole toute en or et très ornée se détache dans le centre la croix, source de libération pour les hommes de la souffrance et de la mort, mais surtout du péché. On y voit la croix plantée dans une touffe d’acanthe, tel un « arbre de vie » allusion à Genèse 2 : Des fleuves d’eau vives – symbole de la vie de la grâce – se répandent à ses pieds. Les cerfs – les âmes des croyants – viennent s’y abreuver. De cet arbre de vie partent de nombreux rameaux qui entourent dans leurs volutes des scènes de la vie, pour signifier l’extension de la Rédemption à toute la création.

La Croix lumineuse sur un tas de cendres, comme celle qui se dresse au soir de l’incendie de Notre-Dame de Paris, au fond du chœur. La Croix glorieuse demeurant au cœur du mystère pascal, ce lieu brûlant que chacun a tendance à fuir mais d’où jaillit le véritable amour.

La croix, pour le christianisme, n’est pas une théorie, elle est la réalité de la vie chrétienne. Le christianisme n’est pas la voie de la facilité, il est plutôt une ascension exigeante, éclairée cependant par la Lumière du Christ et par la grande espérance qui naît de lui. St Augustin dit que « aux chrétiens n’est pas épargnée la souffrance, mais qu’au contraire il leur en revient un peu plus en partage », parce que vivre de la foi implique le courage d’affronter la vie et l’histoire plus en profondeur. Toutefois ce n’est qu’ainsi – en faisant l’expérience de la souffrance – que nous connaissons la vie en sa profondeur, en sa beauté, dans la grande espérance suscitée par le Christ crucifié et ressuscité. Anne Vercors, dans l’Annonce faite à Marie de Claudel, le dira en ces termes : « Monter sur la croix et donner tout ce que nous avons en riant ! Là est la joie, là est la liberté, là est la grâce, là est la jeunesse éternelle ».

Nombre de spirituels nous disent que nul ne peut porter sa croix sans accueillir la Gloire, et la Gloire est plus insoutenable que la croix. Cette Fête, 40 jours après la Transfiguration…

La grâce chrétienne est comme une habitation par la gloire dans l’obscurité de la foi, ou pour le dire autrement : la présence du Royaume des Cieux au cœur d’une lente glorification. Et cela est possible car « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas » Jean 3. C’est un Mystère d’amour.

Pour nombre de nos Frères dans la foi, persécutés de par le monde, la croix du Christ fait partie de leur pain quotidien.

Les Pères de l’Église aimaient à dire que le Christ a été crucifié par la gloire et glorifié par la croix. Ce sont les deux faces de la Croix glorieuse que nous célébrons en ce jour. Qu’elle soit pour nous source de paix et d’espérance ! Amen !

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