« Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance » (2e lect.)

Cette déclaration de l’apôtre Pierre est essentielle pour comprendre le baptême de Jésus et notre propre baptême. Au début de l’Avent, nous avons entendu le passage de l’Évangile qui précède immédiatement la scène du baptême de Jésus. Jean Baptiste parlait d’un baptême de repentir : « Moi, je vous baptise dans l’eau, pour vous amener à la conversion » (Mt 3,11). Et il ajoutait : « Celui qui vient après moi […] vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu ».

Mais avant de baptiser les autres, Jésus s’est présenté lui-même au Jourdain pour recevoir le baptême d’un autre. Cela peut surprendre car Lui, l’Envoyé de Dieu, partageait déjà la vie en plénitude du Père. Jean a été le premier surpris de sa démarche : « C’est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c’est toi qui viens à moi ! » Mais Jésus lui demande de laisser faire pour que s’accomplisse « toute justice ». Sur le moment, Jean n’a sans doute pas bien compris ces paroles, mais il a laissé faire comme Jésus le demandait.

C’est alors qu’advint ce que personne n’imaginait. Jésus, après avoir reçu le baptême d’eau donné par Jean, reçut l’Esprit. « Les cieux s’ouvrirent » et Jean « vit l’Esprit de Dieu descendre sur lui comme une colombe et venir sur lui ». Et la voix du Père se fit entendre.

Le baptême de Jésus qui prend en compte la pratique juive du bain d’eau pour accomplir le rite de purification, s’en démarque ainsi clairement par la venue de l’Esprit Saint et par la voix du Père qui se fait entendre. Cette manifestation de l’Esprit est si particulière et essentielle que les quatre évangélistes la mentionnent. Même saint Jean, qui ne décrit pas le rite du baptême, rapporte le témoignage de Jean Baptiste : « J’ai vu l’Esprit, tel une colombe, descendre du ciel et demeurer sur lui » (Jn 1,32).

À son baptême, Jésus reçoit donc « l’onction d’Esprit Saint et de puissance ». Tout son ministère public va se vivre dans la puissance de l’Esprit. Les foules ne s’y sont pas trompées, comme le note saint Matthieu : « les foules étaient frappées de son enseignement : car il les enseignait en homme qui a autorité et non pas comme leurs scribes » (Mt 7,28-29). Et les Actes des Apôtres (2e lect.) le disent aussi : « là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui ».

Envoyé du Père qui le déclare être son Fils, Jésus est entré dans la destinée du Serviteur annoncé par Isaïe :

« Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu qui a toute ma faveur. J’ai fait reposer sur lui mon esprit […]. Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, […] il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, il proclamera le droit en vérité ».

Le baptême de Jésus manifeste ouvertement l’existence de la Sainte Trinité et comment, en envoyant l’Esprit sur Jésus, le Père reconnaît son Fils et le légitime aux yeux de tous : « Celui-ci est mon Fils bien aimé en qui je trouve ma joie ». Cette parole dit quelque chose de notre baptême et nous pouvons penser que lorsque nous avons été baptisé(e)s, le Père a pu dire aussi : « celui-ci, celle-ci, est mon fils/ma fille bien aimé(e) en qui je trouve ma joie ».

Sans doute n’avons-nous pas vraiment conscience de la joie que Dieu peut éprouver d’engendrer à la vie divine celles et ceux qui se présentent à lui ou qui lui sont présenté(e)s pour le baptême par la voie de l’Église.

L’Esprit est toujours à l’œuvre dans les cœurs. L’un des signes en est aujourd’hui le regain surprenant des demandes de baptême. Cela intéresse d’ailleurs beaucoup les sociologues, les statisticiens et les historiens. Quoi qu’il en soit du phénomène et des chiffres, réjouissons-nous pour l’œuvre de grâce qui s’accomplit ainsi aujourd’hui, et confions les futurs baptisés à Celui qui veut leur donner part à sa vie.

Parce que nous sommes habités par l’Esprit, nous pouvons appeler Dieu « notre Père » (Ga 4,6). Le baptême nous établit dans un lien filial qui nous unit à Lui et nous fait désirer vivre de l’Esprit qui vient de Lui. C’est pourquoi nous aimons invoquer et prier l’Esprit pour demeurer, comme le Fils, dans cette relation filiale qui nous unit au Père.

Comme l’écrit saint Paul aux Galates, « puisque l’Esprit est notre vie, que l’Esprit nous fasse aussi agir. Ne cherchons pas la vaine gloire » (Ga 5,25-26). Par là, il fait comprendre que le baptême engage notre agir, notre responsabilité, notre être au monde. En ce sens, le baptême est l’aventure de toute une vie, il n’en a jamais fini de déployer toutes ses harmoniques. Dans cette aventure, l’expérience montre que les égarements et les chutes sont inévitables. La gloire humaine va à l’encontre de l’Esprit. Il nous faut rester tournés vers Jésus, le Fils Bien-Aimé, et revenir au Père plein d’amour, pour renaître à la vie de l’Esprit qui peut nous relever.

À la suite de Jésus, vivons dans l’élan de notre baptême, vivons de la vie nouvelle, de l’Esprit, de la vie même de Dieu et non plus en suivant les désirs du vieil homme. Dieu est fidèle, il fait preuve de patience à notre égard et continue de désirer trouver en nous sa joie !

En nous accordant à sa volonté, recherchons ce qui lui plait et laissons-nous transformer par sa grâce.

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