Chers frères et sœurs,

C’est un grand mystère que nous nous apprêtons à fêter dans quelques jours, lors de ce qu’il convient d’appeler le « Mystère de la Nativité du Seigneur ». En effet, nous célébrons à Noël un événement, un événement qui nous renvoie à une Personne. La naissance de Jésus est la naissance dans le temps, dans notre histoire, du Verbe de Dieu, de la Seconde Personne, de la Sainte Trinité.

Et nous disons de ce mystère qu’il est un sacrement. Ce mot de sacrement, sacramentum, en latin, est la traduction du mot grec mustêrion, qui signifie mystère. Dans notre langage courant d’aujourd’hui, un mystère, c’est quelque chose qu’on ne peut pas comprendre. Dans le langage chrétien de la foi, un mystère ou un sacrement, c’est la vie de Dieu qui se rend présente aux hommes. L’un de nos Pères dans la foi, le Pape Saint-Léon le Grand, le dira avec concision : « ce qui était visible dans le Christ est entièrement passé dans les sacrements de l’Église. Ou pour le dire autrement : ce que le Fils Unique, plein de grâce et de vérité, a fait de manière visible est passé dans les sacrements de l’Église ».

C’est pourquoi, frères et sœurs, nous ne sommes pas lésés de ne pas être contemporains de la Nativité du Seigneur. Il est consolant pour nous d’entendre Saint Ambroise de Milan nous dire : « Il n’est pas donné aux yeux du corps mais à ceux de l’âme de voir Jésus. Le voir en esprit, dit-il, c’est le voir corporellement. Au contraire, le voir corporellement sans le voir en esprit, ce n’est même pas voir corporellement ce que l’on semble voir ». Bien sûr, les bergers, la nuit de Noël, les mages, ont vu l’enfant Jésus. Mais comme nous aujourd’hui, il leur a été demandé par Dieu d’aller plus loin, c’est-à-dire de le toucher non pas seulement corporellement, mais avec le toucher de la foi. Judas, l’un des Douze, pour prendre un cas extrême, a bien vu Jésus pendant trois ans. Il l’a touché ; il a mangé, il a bu avec lui, il a marché auprès de lui, mais l’a-t-il vraiment perçu dans la profondeur de ce que Jésus était en vérité ? L’a-t-il vu et connu avec les yeux de la foi ?

C’est pourquoi, frères et sœurs, l’Enfant Jésus est pour nous un signe, comme la Vierge Sainte, qui enfantera un fils du nom d’Emmanuel, signe promis par Dieu au roi Acaz, avons-nous entendu dans la première Lecture. Ne disons pas trop vite, comme le roi Acaz, que nous n’avons pas besoin de signe pour croire. Notre foi, frères et sœurs, pour grandir, reçoit tout au long de son cheminement des signes, petits ou grands, que l’Esprit de Dieu nous communique et qu’il nous faut accueillir avec gratitude ; des signes qui manifestent sa proximité. Si dans le silence de la prière nous relisons notre vie, il est sûr que nous trouverons des signes que le Seigneur nous a adressés pour nous encourager à aller de l’avant sans nous décourager, à persévérer. Ces expériences qu’ont fait les pèlerins d’Emmaüs ou encore les bergers de la nuit de Noël, dont on nous dit qu‘ils s’en retournèrent, chantant la gloire et la louange de Dieu pour tout ce qu’ils avaient vu et entendu.

Joseph, l’époux de Marie, a lui aussi reçu un signe pour se mettre en marche, signe ô combien nécessaire pour l’encourager à aller de l’avant dans la nuit de la foi, dans cette situation si délicate où il se trouvait. Ce signe lui est venu dans un songe.

Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi, Marie, ton épouse.

Joseph n’a pas discuté, il a obéi ; et son obéissance a porté du fruit. Au fiat de Marie, au jour de l’Annonciation, répond l’obéissance de la foi de Joseph, qui prend chez lui Marie, son épouse.

Oui frères et sœurs, quoi de plus grand que l’obéissance de la foi. Marie et Joseph sont pour nous des exemples merveilleux de ce que signifie « vivre dans la docilité à l’Esprit-Saint ».

Joseph, prends chez toi, Marie, ton épouse.

Et nous aussi, frères et sœurs, à nous aussi cette parole est adressée. Toi, chacun d’entre nous, « prends chez toi, Marie ».

Que pour nous aussi, la Nativité du Seigneur provoque un renouveau de notre foi, un renouveau de notre amour du Fils de Marie, le Fils de Dieu venu dans notre chair. Un renouveau aussi, frères et sœurs, pour tous les membres de l’Église et pour tous les hommes de bonne volonté. Comme le chanteront les anges dans la nuit de Noël, « Gloire à Dieu au plus haut des cieux. Et sur cette terre, paix aux hommes » … car Il les aime tous. Amen !

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