Chers frères et sœurs,

En première lecture, nous avons entendu le cri du prophète Isaïe qui traverse tout l’Ancien Testament, au moins en filigrane. Tu es mon serviteur Israël, en toi je me glorifierai. Oui, j’ai du prix aux yeux du Seigneur, et c’est mon Dieu qui est ma force.

Voilà une proclamation d’une grande fierté, revendiquée à juste titre par le peuple Israël. Ce petit peuple élu entre tous qui sera reconnu par Dieu Lui-même comme « son peuple ». Pourtant, on doit dire également comme à revers en régime chrétien, d’une façon plus large, que ce cri du Seigneur est aussi le cri de l’Amour de Dieu pour toute l’humanité car, en sa belle justice, Dieu souhaite le retour à Lui de l’humanité entière.

Y a-t-il un autre peuple sur terre qui, depuis la rupture des relations avec le « Créateur qui parle », ait entendu pareille parole lui être adressée ? Dieu seul après la chute de sa créature pouvait prendre l’initiative d’élaborer un plan de Salut, un plan « B » pour certains ! Dieu seul pouvait avoir l’initiative d’entrer à nouveau dans un dialogue laborieux et douloureux avec ses créatures abusées mais restées capables néanmoins de s’engager nouvellement en leur conscience vers ce Dessein rédempteur, à la faveur d’un appel renouvelé de Dieu.

D’après la Bible ce fut Abraham, le père des croyants, qui sut répondre avec détachement à l’appel de suivre une volonté étrangère vers des pays inconnus. Avec sa famille, il partit et il vécut en nomade sous la tente. Ce peuple naissant des douze fils du patriarche Jacob devait s’accroître en Égypte, puis sur l’ordre de Dieu « à mains fortes et à bras étendus », il devait quitter ce pays d’exil afin de Lui rendre un culte prescrit au Sinaï. Par-là il deviendrait sans ambiguïté un peuple véritable, serviteur de Dieu, qui pourrait d’une autre façon aussi, servir d’exemple aux nations païennes.

Israël, par cet appel reçu de Dieu, va se trouver engagé dans la conscience du dessein de la Bienveillance divine. Il va alors pouvoir effectuer ce « rapprochement » qui excède (dépasse) le peuple élu de toutes parts, mystère transcendant qui se découvrira peu à peu à travers l’histoire d’Israël. D’abord avec Moïse où il prendra la forme d’une Alliance en référence à la pratique d’une confession de foi révélée, avec l’esquisse d’un temple et d’une loi ordonnée à une céleste glorification.

Plus tard il y aura toute le geste du roi David, la construction du temple menant à maturité le peuple d’Israël. Puis avec Salomon et les autres rois, le plus souvent idolâtres, viendra le temps du relâchement qui sera aussi celui des prophètes. Ensuite, après la déportation à Babylone, Dieu parlera alors de son mystérieux Messie serviteur, figure du peuple fidèle que nous rapporte Isaïe aujourd’hui : Je ramènerai les rescapés d’Israël pour faire de « Toi » la Lumière des nations pour que mon Salut parvienne jusqu’aux limites de la terre.

De fait pour nous c’est le Christ, le Messie promis, qui accomplira réellement les Écritures, de sorte qu’on retrouvera dans les événements de l’histoire d’Israël une portée signifiante assez différente de son sens littéral, car le Christ se substituera à Israël, comme Il se substituera après également à l’humanité entière.

C’est bien de cette substitution dont nous parle aujourd’hui l’épisode du baptême de Jésus d’après l’évangile de saint Jean. Nous y entendons la grande déclaration publique déférente de Jean Baptiste qui a accepté de baptiser le Christ Agneau bien qu’il ne le connaissait pas. Il atteste alors avoir vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur Lui, selon « ce qui lui » avait été indiqué avant le baptême. Jésus serait donc Celui qui porte et enlève les péchés des hommes avant de les baptiser (les hommes) dans l’Esprit Saint. Le Christ en plongeant l’homme dans l’Esprit, va le régénérer de fond en comble, et le transformer divinement.

Ce geste du baptême, ce geste symbolique d’immersion, devait signifier que le Christ Agneau innocent était destiné à prendre la place des pécheurs condamnés, puisqu’Il prenait sur Lui par amour des hommes, les péchés du monde. Il devrait donc porter cruellement les péchés sous forme de sacrifice agréable au Père Saint, afin de nous sauver. Il est remarquable que l’Esprit Saint advienne à ce moment décisif de la substitution, ce qui veut dire que l’Esprit même de Dieu nous est communiqué lors de chaque célébration sacramentelle et ainsi nous devenons des « sujets précieux aux yeux de Dieu ».

Puissions-nous garder tout au long du jour une conscience éveillée de ce mystère d’Alliance intime qui nous habite, et soutenir mieux les assauts de la dispersion et de la malveillance ! Amen

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