Les lectures de ce dimanche nous font traverser l’épreuve de la soif, mais nous ouvre aussi à l’espérance que Dieu fonde en nos cœurs par sa grâce. Il y a la soif d’eau dont nous prenons conscience qu’elle est si précieuse, il y a la soif de vivre, la soif de vérité, la soif d’aimer, la soif du cœur, autant de soifs qui marquent notre condition ‘d’hommes et de femmes en route dans notre quête de l’existence’.
Le peuple dans le désert chemine avec une promesse tenue à bout de bras par Moïse, la promesse de la terre promise, terre de bénédiction et d’abondance, terre de bonheur. La confiance en cette promesse est mise à l’épreuve, car on ne peut y cheminer qu’en ayant une totale confiance en un Dieu fidèle. Qui dit promesse, dit le temps de la rencontre, le temps de l’accomplissement, devant ce temps le peuple récrimine contre Dieu, contre Moïse, il crie, il éprouve la soif, il a peur de mourir de soif, comme si Dieu n’était plus avec eux. À chaque soif, c’est comme si nous étions abandonnés à la mort, la confiance se tarit. Quand le petit enfant a faim ou soif, il gémit, il crie, mais à travers cette dépendance vis-à-vis de ses parents, l’enfant apprend la confiance. Nous sommes ainsi faits que la temporisation fait prendre conscience de la relation, conscience d’une alliance incontournable, pour vivre ensemble. Ce n’est pas évident dans nos modes de vie où tout doit se connecter très vite, s’obtenir vite, toujours plus vite.
Ce n’est pas la relation que l’on veut, c’est la chose qu’on veut.
On risque fort d’oublier que la confiance ça prend du temps, le temps de la relation entretenue et reconnue. La confiance en la promesse de Dieu, sa promesse de vie, est une lente migration. Le désert demande un bon guide. En cela notre foi ne repose pas sur des humains, mais sur Dieu. Chaque épreuve de la vie, chaque scandale de l’humanité, de violence et d’injustice, comme chaque scandale de l’Église, est comme un vent de sable qui modifie le paysage, on perd les traces.
Le désert est une traversée, non une fin. Les déserts de nos vies, de nos soifs, nous enseignent à prendre conscience de notre pauvreté fondamentale, celle que nous partageons tous, et nous font prendre conscience que la vie est avant tout un Don, que nous n’en possédons ni la source ni le terme. C’est au cœur de cette pauvreté que Jésus source de vie devient promesse et réalité, c’est au cœur de cette pauvreté que se tisse une Alliance. Ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur, nous dit le psaume.
Jésus aussi a soif. Il est la sixième heure, la plus chaude du jour ; Jésus est fatigué, il s’assoit au bord du puits de Jacob, à Sychar en Samarie. Une Samaritaine s’approche pour puiser, et Jésus lui demande à boire. Les Samaritains sont considérés par les juifs pieux comme des étrangers à la croyance déviante, ils sont méprisés, ils ne sont pas de l’Alliance. Mais Jésus a soif d’une Alliance avec tous, et à travers la Samaritaine ce sont tous les Samaritains qui vont s’ouvrir à l’eau vive de la parole de Jésus ; et si les Samaritains croient, alors le monde entier peut croire. Le Christ Messie a ouvert une Alliance nouvelle à toutes les nations.
Il est la sixième heure, Jésus assis au bord du puits dit : j’ai soif. Jésus à soif de l’Alliance. La terre promise c’est l’humanité entièrement réconciliée avec Dieu : Tu aimeras ton Dieu, et ton prochain comme toi-même.
À l’autre bout de l’évangile de Jean, il sera de nouveau la sixième heure et Jésus, au bout du chemin, sera assis au bord du puits de la Passion. Du haut de la croix il dira à nouveau : j’ai soif. Et il plongera dans le puits mortel de notre humanité pour en faire jaillir une eau vive, éternelle. De son sein couleront des fleuves d’eau vive, nous avait-il dit.
Notre soif se transforme en espérance, et, nous rappelle St Paul : l’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné.
La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs. Le Christ Jésus ne nous demande rien d’autre que notre soif et de lui faire confiance. « Si nous entendons sa parole, ne fermons pas notre cœur ».
Chaque fois que nous approchons de la parole de Jésus, nous approchons de l’eau vive, à chaque fois que nous approchons des sacrements de l’Église, nous approchons du côté ouvert de Jésus pour nous désaltérer au don de l’Esprit de Vie, côté percé qui nous ouvre à l’Amour de Dieu à jamais.



