Chers frères et sœurs en Christ,
Bien aimés : « La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. »
Oui, en cette nuit nous célébrons avec joie et émerveillement la manifestation de l’Amour de Dieu pour toute l’humanité, de tous les lieux et de tous les temps. « Sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi… Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! » Cet enfant est le Verbe de Dieu, la Parole vivante de Dieu, parfaite expression de son être et resplendissement de sa gloire qui vient se révéler pleinement à nous dans un petit enfant, un bébé qui ne sait pas encore parler. Saint Bernard dira : « Le Verbe, qui soutient l’univers, s’est abrégé ». Il s’est abrégé pour se rendre accessible à notre humaine pauvreté.
Pour annoncer cette merveilleuse nouvelle, ce ne sont ni Marie ni Joseph qui l’annoncent au monde, ce seront les bergers, des gens socialement simples, pas très appréciés des sédentaires, mais les bergers savent veiller et même rêver.
Les anges, porte-parole du Ciel, ont accompli leur mission ; à l’annonce de l’Ange, Marie a accueilli le Verbe de Dieu en son sein ; à l’annonce de l’Ange, Joseph l’a accueilli dans sa vie en lui offrant une paternité ; par le chant des anges, les bergers ont accueilli l’annonce d’un sauveur et proclamerons autour d’eux ce qu’ils ont vu : un nouveau-né couché dans une mangeoire.
Oui, chers frères et sœurs, Dieu n’a pas utilisé les grands fracas et les grands médias pour venir en notre monde. De sa pleine volonté il est venu investir notre humanité, il est venu nous rejoindre par la voie commune de toute chair, celle d’une naissance de fils d’homme, fragile, tout dépendant de l’amour de ses parents, et qui plus est, non dans le berceau d’un prince mais, enveloppé de langes, comme berceau : une auge de bétail. Il venu dans un monde où résonne toujours le bruit des bottes, le bruit des armes ; comme nous dit le prophète Isaïe, cet enfant est le Prince de la Paix, il est venu pour que cesse toute violence au cœur de l’homme.
La foi des bergers en la parole des anges leur fait proclamer la merveilleuse identité et la vocation de cet enfant : « Il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur ». Cette grandeur se donne à reconnaître dans la simplicité et la petitesse d’un signe. C’est avec ce même paradoxe que Jésus accomplira sa mission comme « envoyé du Père » au long de sa vie. Dans une vie humble d’artisan, puis dans une itinérance dépouillée, proche des pécheurs et des exclus et enfin dans une condamnation injuste, Lui le Juste par excellence.
Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu, nous dira st Jean. Il n’est pas venu pour fonder une dynastie mais pour établir sa royauté dans nos cœurs. C’est pour cela que l’enfant enveloppé de langes, couché dans une crèche, sera l’homme enveloppé d’un linceul, déposé dans un tombeau. Là aussi apparaîtrons les anges vêtus de blanc annonçant aux saintes femmes : « Allez annoncer aux frères, il n’est plus ici, il est ressuscité ». Noël annonce la Pâque…
Au moyen-âge les théologiens débattaient sur une question qui peut toujours habiter les esprits rationnels d’aujourd’hui : pourquoi Dieu s’est fait homme ? Lui, tout puissant, aurait pu nous sauver autrement. L’une des réponses réside dans le fait que Dieu, par amour, nous a créé dès le commencement à son image et vers sa ressemblance, dans un dessein de vie partagée et de communion. En écoutant la voie mensongère de l’antique serpent, l’homme a perdu la trace de cette communion. Comme le dit saint Bernard, l’humanité est passée de la région de la ressemblance à la région de la dissemblance, là où règne l’ombre de la mort que l’on essaie de fuir par tous les moyens. C’est par sa naissance en notre chair, préparée depuis de longs siècles, que le Verbe de Dieu, vient nous faire renaître, renaître à sa vie : « A ceux qui l’ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, nés non pas de la chair mais de Dieu. »
Ainsi que le reprend le catéchisme de l’Église catholique, à la suite des Pères de l’Église et de St Irénée de Lyon : « Dieu a assumé la condition humaine pour la guérir de tout ce qui la sépare de Lui, pour nous permettre de l’appeler, dans son Fils unique, par le nom d’« Abba, Père », et saint Irénée affirme : « C’est la raison pour laquelle le Verbe s’est fait homme et le Fils de Dieu, Fils de l’homme : afin que l’homme, en entrant en communion avec le Verbe et en recevant ainsi la filiation divine, devienne fils de Dieu ».
Oui, chers frères et sœurs, la naissance du Christ nous redonne notre noblesse, une noblesse où règne la miséricorde, la dignité de tout être humain, le respect de la création et surtout le désir ardent d’une paix juste et vraie entre les hommes.



