Chers Frères et Sœurs

Comme on entend dire communément : Dieu a fait l’Homme à son image, et il le lui a bien rendu !

La plupart des gens, même beaucoup de bons Chrétiens et nous-mêmes, pensons souvent à Dieu à notre image ! Nous oublions d’effectuer l’analogie de la foi, c’est-à-dire de tenir compte du rapport médiateur de ressemblance dans la différence entre les deux mondes que sont le terrestre et le céleste, effaçant la distance qu’il y a entre les deux, jusqu’à les confondre parfois. Il est bien difficile en effet de penser ce qui touche au Divin sans l’imaginer de quelque façon, et de le réduire à notre niveau. Nous y succombons presque tous lorsqu’on attribue à Dieu très « naturellement » nos pensées, nos sentiments, nos mœurs.

Combien de fois n’entendons-nous pas autour de nous et en nous-mêmes : « Si Dieu était Juste, il n’y aurait pas de mal…S’Il était Bon, Il ne permettrait pas la souffrance ! Pourquoi tant de méchants impunis et de bons persécutés ? »

Hélas à cause du mal qui surabonde dans le monde tout cela est bien vrai… Aussi essayons-nous d’amadouer Dieu, de nous Le concilier : « n’ai-je-pas déjà fait tant de prières, fait certaines bonnes œuvres sans résultats ! »

Et on peut s’enhardir à penser : « N’ai-je donc pas droit à une récompense ? »

D’ailleurs le Seigneur ne nous recommande-t-Il pas de prier avec persévérance dans des cas criant d’injustice ?

Oui, nous voilà devant Dieu à marchander, à mesurer et à attendre notre dû, ignorant que nous sommes alors, dans la logique du « donnant-donnant », où l’on croit que Dieu « nous doit quelque chose », on calcule ses intérêts et on s’estime lésé ! Dieu ne serait-Il pas ainsi justement ici « Celui » que « nous imaginons » ?

Aussi dans la pratique, il en résulte souvent l’abandon et parfois des révoltes, qui proviennent de l’inconstance ou de l’insuffisance de notre foi, bref à des manques de piété véritable ! Heureusement Dieu reste l’Arbitre suprême, quoiqu’il en soit c’est Lui « le très miséricordieux » qui, en dernière instance, nous jugera.

Pourtant la parabole du Patron désintéressé et généreux de ce dimanche nous heurte de plein fouet …comment, les désœuvrés qui n’ont travaillé qu’une heure, ceux-là reçoivent autant que nous qui avons supporté le poids du jour et de la chaleur ? … C’est injuste, en effet, selon notre logique faussée par le péché (à cause du manque d’exercice de l’analogie théologale), et nous nous laissons tromper par les raisonnements de notre vieil homme. Ne-faut-il pas alors changer de plan dans nos argumentations, sachant que Jésus ne cherche pas ici à nous faire une leçon de justice sociale, mais vient nous éduquer à penser autrement ! Nous élever au niveau supérieur de son Royaume, en nous initiant par l’analogie des paraboles à son regard divin !

N’est-ce pas justement ce que le prophète Isaïe cherche à nous faire prendre conscience en déclarant cet oracle : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes chemins ne sont pas vos chemins. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres ». Aussi Dieu n’est pas tout-à-fait comme un homme, même quand Il s’incarne ! Dieu est Bon viscéralement, la pièce d’argent n’est pas un salaire quelconque.

Il est fondamental ici d’exercer notre vertu théologale donnée au baptême, se rappelant que c’est Dieu Lui-même qui se donne à nous. Cela est vrai particulièrement dans la réception des sacrements, par exemple, quand le Seigneur Lui-même se donne à travers le Corps du Christ, à la communion Eucharistique. Comment pouvons-nous encore penser Le mériter, Le gagner ? Le payer ?

Voilà sans doute le paradoxe le plus flagrant : il n’y-a pas de commune mesure entre les deux niveaux de pensée ! L’humain et le divin ! D’ailleurs comment peut-t-il vraiment y en avoir lorsqu’il s’agit de l’échange du grand Don de l’Amour de Dieu ? S’il y a du mérite pour certains des plus fidèles, ceux reconnus par l’Église, cela ne peut venir finalement, comme le chante la liturgie, que de Dieu lui-même qui couronne ses propres dons.

Oui soyons persuadés que Dieu donne tout. Nous sommes tous aimés mystérieusement par Lui, également, en dépit de nos différences. Il nous fait exister à un moment de l’histoire qu’Il choisit dans sa sagesse. Il nous appelle de diverses façons afin de Lui répondre, Lui correspondre selon sa Volonté ; et par là, Lui-même en retour, se donner en échange, dans son propre Mystère de consécration.

On ne peut rien offrir à Dieu sinon ce qu’Il nous donne à partager en action de grâce, avec le soutien de notre cœur purifié, sans revendication ni révolte de notre part.

Pour cela il est essentiel de sauvegarder jalousement notre œil humble et bon envers autrui. Car nous ne recevons la justice de Dieu qu’avec le cœur des nouveaux nés dans la grâce, comme des néophytes, assurés que le Seigneur ne fait de tort à personne… la vérité de l’évangile est bien celle-là :

nous recevons tous une même chose précieuse du même Seigneur, la part du Royaume qui nous revient, mais avec des différences qui tiennent, il faut le dire, à nos propres différences ; c’est-à-dire à nos vocations particulières dans le Corps du Christ, distinctions à respecter parce que voulues par Dieu depuis toujours selon son dessein de Bienveillance.

Amen !

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