Chers frères et sœurs,

Qui suis-je ? Cette grave interrogation, Jésus la pose à ses disciples alors qu’ils le suivent depuis près de 2 ans dans son itinéraire Missionnaire ! On peut être surpris que Jésus ne la leur ait pas posée avant ; sans doute voulait-Il qu’ils puissent répondre en toute liberté, qu’après une mûre réflexion à partir des expositions variées de son message, et de l’interprétation très diverse de ses actes de salut. Pierre n’hésite pas à répondre de façon spontanée au nom du collège apostolique : Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant !

Puis Jésus aussitôt de répondre à son tour assez étonnamment : « Heureux es-tu Simon, ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux Cieux » … Heureux es-tu ! Est-ce un compliment personnel que Jésus adresse à Pierre ? Non, pas directement. Il semble bien en effet qu’Il veuille instruire Simon Pierre d’une nécessaire prise de conscience de « ce qu’il vient de proclamer », parce qu’en fait, il a été l’objet d’une faveur particulière du Père dont il ne semble pas avoir perçu la démesure… Voilà de quoi nous faire réfléchir sur nos propres confessions de foi ! « Tu es le Messie, le Fils du Dieu Vivant » : nous tenons là, le cœur du mystère où Dieu se dévoile en nous !

Non, ce n’est pas nous, à partir de nos investigations ou de nos déductions rationnelles que nous déclarons avoir foi en la divinité du Christ, et ainsi d’être fiers de confesser « notre foi » qui est surnaturelle dans le Christ Jésus ! Sommes-nous aussi d’ailleurs heureux véritablement, de découvrir son Mystère, et d’apercevoir que « nous y sommes déjà : dedans » pour ainsi dire, sans aucun mérite de notre part ?

Oui, il est bon de nous rappeler que c’est Dieu qui a toujours l’initiative au niveau de nos intuitions spirituelles. Le Christ Médiateur se livre Lui-même à travers ses dires et ses diverses attitudes « ambivalentes » car toujours : humano-divines. Les écrits du Nouveau Testament rapportent des expressions qui parfois peuvent nous dérouter, nous paraitre étranges, pourtant ses paroles et ses gestes sont d’une grande puissance symbolique car ils expriment ceux de l’Envoyé du Père en mission, porteur de la connaissance et agent de son Dessein de Salut divin.

Le Christ ne promettra-t-il pas à ses disciples de leur remettre pour un temps, ses propres pouvoirs ! Comment ne pas y croire par un retournement de foi dans l’amour, un retournement dans la vérité évangélique, exprimé spécialement dans les Béatitudes.

Ne sommes-nous pas tous devant Dieu : des pauvres, des infirmes, des tout petits… Ne nous faut-il pas en effet, accueillir les Bénédictions divines lorsqu’elles se présentent à travers des propositions propices qui interviennent pour combler nos déficiences occasionnelles. Le Seigneur Christ veut bâtir sa grande maison de famille dans l’amour du Père des cieux :

« de… qui provient toute lumière… Il est si grand qu’Il peut devenir homme en restant Dieu ! Que ses décisions sont insondables » nous dit St Paul « quelle profondeur dans la richesse et la science de Dieu ! Qui a connu la pensée du Seigneur ? Qui en a été son conseiller ?

Parce que finalement : tout est de Lui et par Lui et pour Lui. » Paroles fortes, à reprendre souvent tant il est vrai que nous nous laissons disperser dans l’inconsistance des discours mondains !

« Tu es le Fils du Dieu vivant. » Le mystère de Dieu s’ouvre donc sur le Père incréé, invisible, source de Vie, par le biais du Fils incarné qui va jusqu’à accepter d’embrasser la Croix pour nous. Ne devons-nous pas être heureux d’être ses privilégiés ? Et d’avoir part à cette compréhension complémentaire, supérieure à notre nature humaine, qu’on appelle à bon droit « la pensée théologale » ? Ne nous oblige-t-elle pas en retour à nous engager vers une connaissance plus personnelle, intime ? Et à nous mettre au service du devenir du Corps du Christ qui poursuit son développement de l’amour dans l’Église ?

La confession « Tu es le Messie le Fils de Dieu » s’est révélée dans l’élan d’amour de Pierre envers son Maître Jésus, de sorte que cela vient en correspondance à l’amour condescendant de Dieu envers l’assemblée des croyants dont le chef est déjà Simon Pierre, pour le Seigneur. N’est-ce pas d’ailleurs pour cela qu’Il va changer son nom et le nommer Képhas de façon solennelle ? Souvent dans l’Ancien Testament, Dieu a été comparé à la solidité du Roc, qui est aussi la figure du refuge pour les fils d’Israël, un rempart.

Le Christ sera également considéré justement comme le Roc, la pierre d’angle rejetée par des bâtisseurs, suivant l’accomplissement du psaume 117 avec son mystère pascal. Si Pierre reçoit maintenant le titre métaphorique de Roc, c’est que le Christ le confirme dans son autorité de chef du collège des apôtres. Pierre va alors recevoir la promesse formulée au futur, de construire l’Église avec le Christ, avec l’assurance que la puissance de la mort ne l’emportera pas sur elle. Ce que nous vérifions aujourd’hui après 2000 ans d’existence !

Il nous revient maintenant de répondre après Pierre à l’interrogation du Christ, comment en témoigner dans le temps d’épreuve morale que notre société traverse ? Comment affermir notre foi aujourd’hui ? Sinon simplement par l’exercice régulier de la prière personnelle quotidienne, la fidélité aux enseignements de l’Église de Pierre ; enfin en nous soutenons mutuellement les uns les autres dans les difficultés de la vie par la pratique de la Charité.

Toute question mérite une réponse, dit-on souvent aux enseignants d’écoles ; cet adage de l’humaine pédagogie ne semble pas convenir au Maitre de l’évangile ! Il y a des questions qui paraissent légitimes et qui finalement ne le sont pas, surtout lorsqu’elles s’adressent au Maitre qui est aussi le Seigneur ; elles peuvent être inopportunes ou même inconvenantes. Plusieurs fois dans les Évangiles le Christ ne répond pas, répond à côté de la question ou y répond après un détour plus ou moins développé. La question – il faut le noter d’ailleurs – n’est pas posée par les disciples mais par quelqu’un de leur entourage, elle apparait déplacée à l’Auteur même du Salut, car elle manifeste une curiosité, de généralisation plutôt maligne, qui ne mérite pas de réponse : Seigneur, n’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? Sans doute est-il tout-à-fait légitime de s’interroger sur son propre Salut et sur celui de nos proches, avec délicatesse ; mais quant à vouloir évaluer le nombre des élus ! N’est-ce-pas impertinent de notre part ? Voudrions-nous nous immiscer au grand conseil du tribunal divin ? « La curiosité est le premier degré de l’orgueil » disait St Bernard à ses moines de Clairvaux ; n’oublions jamais en effet que quelle que soit sa forme, l’orgueil comme pour nos premiers parents, nous tourne déjà contre Dieu.

Aussi pour nous stimuler personnellement, Jésus retourne la question d’une façon très concrète : Il nous exhorte à entrer dans le Royaume par la porte étroite, c’est-à-dire par la forme éprouvante du service de sa mission salvifique qui comporte presque obligatoirement des contradictions et des humiliations, dont parle aujourd’hui la lettre aux Hébreux. Ce n’est qu’en acceptant le chemin de la Croix assumée victorieusement par le Christ dans l’amour de Dieu le Père, que nous pourrons être au nombre des sauvés. Or cela suppose avec le secours de la prière constante, une fidélité soutenue dans le concret des évènements de l’existence, au creuset des abaissements du Christ, mais avec la joie secrète de correspondre à la volonté du Père : cela s’effectue fréquemment sous les turbulences de son Esprit d’Amour aux prises avec nous, dans les circonstances de notre vie, souvent d’ailleurs très banale, ordinaire.

Soyons assuré dans ces moments difficiles que nous accomplissons alors les bonnes mais sévères leçons de notre pédagogue qu’est le Seigneur, et c’est alors qu’Il nous reconnait comme ses fils.

Notre offrande en Église à la suite du Christ doit prendre presque toujours, en effet, une forme sacrificielle, une renonciation à soi, conforme au grand mouvement oblatif sacramentel caractéristique de la célébration Eucharistique auquel nous participons chaque semaine ; et ainsi pouvons-nous devenir avec le Christ, une offrande à la louange de la gloire de Dieu le Père.

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