Nous fêtons aujourd’hui « notre Saint Bernard », Fondateur et premier Abbé de l’Abbaye de Clairvaux, proclamé Docteur de l’Église, qui reste de nos jours encore une figure majeure…emblématique, de ce que nous appelons depuis St Jean-Paul II, la Famille cistercienne.
- Bernard a beaucoup écrit … mais il n’est pas d’emblée facile à lire ! À l’époque de l’amour courtois il a su puiser le meilleur dans la culture de son temps, la passant au filtre d’une vie mystique profonde, marquée par un grand amour du mystère de l’incarnation du Verbe, de l’humanité de Jésus. Si Bernard n’est pas facile à lire, sa spiritualité est profondément enracinée dans une théologie dont la Personne de Jésus est au centre ; Bernard, dans ses considérations les plus élevées, nous ramène toujours à la réalité du Seigneur Jésus, c’est pourquoi il demeure une source toujours actuelle, pour nous, ses lointains frères et disciples.
Si on posait la question de savoir, en quelques lignes, ce qui caractérise la spiritualité de Bernard, on pourrait répondre qu’il campe la vie monastique à l’école du service divin qu’est le monastère, en suivant la Règle de St Benoit, solidement défendue dans ses observances, mais toujours appuyée sur la Parole de Dieu et en particulier le Livre du Cantique des Cantiques.
C’est là, dans la Bible, que le disciple apprend à connaître l’homme, soi-même et le prochain, c’est à dire l’homme concret, déchu, mais capable de nouveau de se diriger vers Dieu.
La spiritualité de Bernard est fondamentalement optimiste : l’homme a perdu la ressemblance, mais par la nature qui lui est propre, il est et reste image de Dieu, appelé à rétablir la ressemblance avec cette image parfaite qu’est le Verbe incarné. La perte de la ressemblance se reconnaît surtout dans la déviation de la faculté d’aimer qui, normalement devrait se tourner vers le Bien suprême, afin de pouvoir remplir les deux commandements de l’amour de Dieu et du prochain. C’est pourquoi pour Bernard, l’amour doit être ré-ordonné.
Ce chemin de la dissemblance vers la ressemblance se parcourt à travers l’ascèse. Par le renoncement et le détachement, l’homme apprend à laisser le monde (intérieur et extérieur) pour « habiter avec lui-même » (habitare secum : S. Grégoire le Grand), se repentir et se convertir. L’homme devra s’ouvrir à Dieu pour recevoir comme don, et les développer, les vertus théologales et monastiques pour se rendre conforme au Seigneur Jésus. Ce retour à Dieu s’effectue au cours de l’histoire du salut, à travers le mystère de l’incarnation qui pour Bernard (et les cisterciens) occupe la place centrale. L’humanité du Christ est vénérée comme sacrement de la présence de Dieu.
Le Christ unique médiateur entre Dieu et l’homme associe Marie à cette médiation, car elle est étroitement liée au mystère de son Fils. Jésus Christ est le modèle (exemplum) : lui seul peut restaurer la ressemblance originelle, mais cela implique, de la part de l’homme une imitation de ses vertus.
L’expérience de Dieu advient ici, sur cette terre, dans le cloître, et intimement liée à la charité : elle est décrite comme une vision, une union spirituelle, paix et repos en Dieu sabbat, jubilé et contemplation. Expérience que « notre cité est dans les cieux » Ph 3, mais qui peut être anticipée dès ici-bas.
Pour en revenir à la personne de Bernard, sa Fondation de Clairvaux aura un essor « fulgurant ». A sa mort en 1153 (il a fondé Clairvaux en 1115), l’Ordre comptera environ 350 maisons. Près de 175, environ la moitié, proviennent de Clairvaux. En 1300 l’Ordre a doublé d’importance : près de 700 maisons couvrent l’Europe entière, depuis la Sicile jusqu’à la Suède, depuis l’Irlande jusqu’à la Pologne. Mais la « réussite » peut aussi, et ce fût le cas pour l’Ordre de Cîteaux, être un grand danger. Un siècle plus tard l’Ordre connaissait de grandes difficultés, dûes notamment à sa trop grande richesse.
L’histoire nous enseigne. La réussite, si elle n’est pas constamment soumise à la Parole de Dieu et à la lumière de l’Esprit Saint, risque d’être une réussite trop humaine … le Pape François nous mettait souvent en garde (nous les chrétiens) contre le risque de ce qu’il appelait « la mondanité spirituelle ». La finalité de toute vie – y compris monastique – ce n’est pas la « réussite », c’est la sainteté. « O beata infirmitas ! » s’exclame S. Bernard dans l’un de ses sermons :
Ô bienheureuse faiblesse !
Bernard a connu en son corps cette faiblesse. De nature chétive, il dût passer un an au début de son abbatiat à l’écart de sa Communauté pour se soigner … épreuve aussi de l’échec de la deuxième croisade. « Ma philosophie la plus haute et la plus intérieure, écrivait Bernard, c’est de savoir (connaitre) Jésus et Jésus crucifié ».
Qu’il nous entraîne à sa suite sur les sommets de l’amour de Dieu et du prochain, et qu’il bénisse avec sa Mère notre Communauté et tous ceux qui entrent en cette Maison de Dieu qu’est le Monastère !
Amen !



