En ce jour nous fêtons l’Assomption de Marie, nous contemplons Marie glorifiée en son âme et en son corps dans la lumière de gloire du Dieu vivant. Cette gloire de Marie n’est pas pour l’éloigner un peu plus de nous, mais bien au contraire pour la rendre encore plus présente à notre chemin de foi, d’espérance et de charité.
Nous vénérons celle qui a cru, celle qui a exalté le Seigneur de tout son être, qui a exulté en Dieu son Sauveur.
La fête de ce jour alimente notre espérance théologale, car en Marie glorifiée, en son âme et en son corps, Marie en qui rayonne la plénitude de l’acte rédempteur du Christ, nous contemplons la pleine réalisation de la vocation humaine à laquelle nous sommes tous prédestinés.
« Et nous savons – nous dit St Paul – qu’avec ceux qui l’aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien, avec ceux qu’il a appelés selon son dessein. Car ceux que d’avance il a discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire l’image de son Fils, afin qu’il soit l’aîné d’une multitude de frères ; et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés. » Rom 8 ; 28-30
Le dessein de Dieu est la gloire de l’humanité.
Oui, en Marie l’image du Fils est magnifiquement reproduite et la vocation maternelle de Marie la met au service de l’enfantement et de la croissance de cette image en nous. Cette vocation la met au service de cette révélation des fils de Dieu à laquelle toute la création aspire, comme le dit St Paul : « La création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu : Nous le savons en effet, toute la création jusqu’à ce jour gémit en travail d’enfantement. Et non pas elle seule : nous-mêmes qui possédons les prémices de l’Esprit, nous gémissons nous aussi intérieurement dans l’attente de la rédemption de notre corps. Car notre salut est objet d’espérance » Ro 8 ;16-24
Le passage de l’Apocalypse, lu pour cette fête, met bien l’accent sur ce travail d’enfantement qui est le lieu d’un grand combat spirituel contre les forces du Mal représentées par ce dragon qui veut balayer les enfants de la grâce, nouveaux nés en Christ. Si en premier lieu ce texte désigne l’Église enveloppée de la gloire du Christ, assurée de sa victoire sur le Mal et la mort, c’est aussi à juste titre que ce texte a reçu une interprétation mariale. Marie a non seulement engendré le Christ Jésus en son corps, mais l’a aussi engendré dans l’obéissance de la foi ; et la victoire du Christ qu’elle partage actuellement en son âme et son corps devance ce que sera l’Église tout entière au terme de son pèlerinage dans la foi. Marie nous désigne cette gloire que nous partageons déjà en espérance et qui doit se révéler en nous.
Notre vie chrétienne trouve en Marie glorifiée son éclairage. La vie nouvelle en Christ reçue en germe au baptême atteint en Marie sa plénitude de gloire, première réalisation de la promesse du Christ : « Là où je suis vous serez vous aussi », en ceci elle est modèle de l’Église et modèle de tout baptisé.
L’Assomption de Marie est intimement liée à son Immaculée conception. Dès le tout premier moment de sa conception elle est justifiée par la plénitude de l’Esprit, pas pour une mise à part de la condition commune, mais par une anticipation de la grâce rédemptrice du Christ en vue de sa maternité humaine, afin que cette grâce de salut puisse atteindre, par l’incarnation du Verbe, l’humanité entière. Cette maternité est un don de Dieu à l’humanité, une création renouvelée, une nouvelle Eve pleinement justifiée par l’Esprit, à nouveau ajustée à Dieu pour répondre et participer librement au projet de Dieu. Dans son chant du Magnificat, Marie se reconnaît et se reçoit comme objet d’amour et de miséricorde de Dieu, ajustée au dessein de Dieu pour l’humanité.
Cependant ce qui a mené Marie de la conception à sa glorification est un long chemin de foi, sous l’empire de l’Esprit Saint.
« Bienheureuse celle qui a cru », s’écrit Elisabeth. En Marie, la grâce a libéré en elle la liberté de sa foi et a libéré son obéissance à la Parole de Dieu.
En Marie tout l’espace est libre pour l’Esprit, l’Ange la saluait ainsi : Réjouis-toi, comblée de grâce. Mais cette grâce nous comble nous aussi, elle nous est partagée. Cette grâce du Christ en Marie a été anticipée pour qu’elle puisse se réaliser en nous ; cette même grâce dont le Père et Dieu de notre Seigneur Jésus Christ nous a comblés en son Bien Aimé, nous rappelle st Paul. Eph 1, 6
La vie de foi de Marie est modèle et secours pour nous qui devons laisser plus de place en nous à l’œuvre de l’Esprit.
Le chemin de foi de Marie sous l’emprise de l’Esprit n’a pas été un long fleuve tranquille, pour s’en convaincre il suffit de lire les évangiles.
Sa foi a grandi, mûri, elle s’est épanouie à travers des épreuves, des questionnements, des incompréhensions, des souffrances, à travers l’ultime signe de contradiction de son Fils sur la Croix. Sa foi s’est aussi affirmée à travers la rencontre du péché et de la dureté du cœur de l’homme, et à travers l’inouï pardon de Dieu envers les pécheurs. Dans son « Oui », Marie a engagé tout son être dans la foi en la Parole Vivante qu’était son Fils.
La vie sous le régime de la grâce, la vie dans l’Esprit, est un combat spirituel. Et la fête de ce jour nous invite à prendre au sérieux, et à prendre courage, dans la mise en œuvre de la vie chrétienne ; à nous engager avec le secours maternel de Marie dans ce combat spirituel auquel nous engage l’Esprit du Père et du Fils. Afin qu’au fur et à mesure que nous progressions dans la foi et la vie chrétienne, notre cœur se dilate, et que nous courions dans la douceur ineffable de l’amour dans la voie des commandements divins.
À la fin de son encyclique, Magnifique humanité, le Pape Léon nous dit ceci : la Vierge Marie, non seulement nous apprend à voir l’invisible de Dieu, mais elle dirige aussi notre regard sur les points de fractures de l’humanité, là où se produit la distorsion du monde, dans le contraste entre les humbles et les puissants, entre les pauvres et les riches, entre les repus et les affamés … pour regarder l’histoire avec les yeux des petits et non avec la perspective des puissants. À travers son Magnificat la Vierge devient poétesse et prophétesse de la rédemption. C’est elle qui révèle le dessein transformateur de l’économie chrétienne, le résultat historique et social qui tire encore aujourd’hui du christianisme son origine et sa force.
Avec la même foi que Marie, devenons des tisseurs d’espérance dans ce monde, afin que la présence de Jésus grandisse au milieu de nous et que son Royaume prenne forme.



