En ces temps de canicule, la Parole du prophète Isaïe que nous avons entendue prend un relief particulier : « Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ». Si notre corps à besoin d’eau biologique (notre corps n’est-il pas lui-même en sa composition rempli d’eau ?) notre esprit, notre vie surnaturelle, a aussi besoin de cette eau, dont parle le prophète Isaïe dont le Seigneur abreuve son Peuple. Il l’abreuve au désert, il le nourrit de la manne, lui manifestant sa proximité, sa fidélité. Lui, le Seigneur, a conclu avec son Peuple une alliance, il n’abandonne pas son Peuple au désert.
Tout ce que Dieu a fait pour son Peuple depuis la sortie du pays d’Égypte jusqu’à son installation dans la Terre promise, Dieu le fait aujourd’hui pour nous. « Toute l’Écriture divine qui a été écrite avant la venue du Seigneur (dans l’Ancien Testament), l’a été pour prédire la venue du Seigneur, et tout ce qui, après, a été consigné par écrit et confirmé par l’autorité divine, raconte le Christ et enseigne l’amour ». St Augustin.
Dieu invite l’homme à partager avec lui un festin. Le Seigneur Jésus manifestera en plénitude tout cela dans sa vie offerte pour le salut du monde : de son cœur percé sur la croix ont jailli l’eau et le sang. Le rocher au désert d’où jaillissait l’eau, jaillit du côté percé du Seigneur, figure du baptême, et le sang qui coule de son côté percé figure le sang de la nouvelle alliance instituée par Jésus dans l’Eucharistie. Comme le répète à l’envie la Tradition de l’Église : « Toutes les divines Écritures constituent un unique Livre, et cet unique Livre est le Christ, il parle du Christ et il trouve dans le Christ son accomplissement ». Hugues de St Victor.
Cette proximité de Dieu avec son Peuple continue de se manifester avec abondance, comme nous l’avons entendu dans l’évangile de ce jour : « Jésus vit une grande foule de gens ; il fut saisi de compassion envers eux et guérit leurs malades ».
« Dieu a une faiblesse, une passion : il a la passion d’aimer ses enfants » Origène. En nourrissant son Peuple au désert, Jésus manifeste qu’il s’intéresse non seulement à ce que nous appelons le salut des âmes, mais aussi à l’homme en sa condition corporelle et pélerine sur la terre. C’est tout l’homme, corps et âme qui est appelé au salut, à la vie avec Dieu. En ce Dimanche où nous célébrons la résurrection de Jésus, nous prenons conscience que nous aussi sommes appelés à glorifier Dieu dans un corps transfiguré par la puissance et la miséricorde de Dieu, car « rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ notre Seigneur ». Dans ce corps limité qui est le nôtre, se manifeste la gloire de Dieu. Léon XIV nous a rappelé dans Magnifica humanitas, que l’humain ne s’épanouit pas malgré la limite mais souvent à travers la limite. Le peuple qui a été aujourd’hui nourri par la multiplication des pains aura demain encore faim…mais demain Dieu continuera de manifester sa compassion pour son Peuple, sans se lasser.
Le mystère du Christ est un mystère en acte de croissance, qui ne cesse de nous incorporer en Lui. De façon particulière en chaque eucharistie le Christ nous assimile en Lui.
L’Église « qui fait l’eucharistie » (Vatican II) est un sacrement, et si le Christ est le sacrement de Dieu, l’Église est pour nous le sacrement du Christ.
En ce jour où se manifeste parmi nous la Présence du ressuscité, laissons-nous saisir par sa grâce, et devenons nous-mêmes, à l’image du Christ, source de vie et de compassion.
Qu’en nous le mystère chrétien ne perde jamais sa sève ! « Donnez-leur vous-mêmes à manger », c’est à dire « poursuivez parmi les hommes, mon œuvre de salut. »
« Ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir(…) rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur ». Amen !



