Chers frères et sœurs

Plusieurs fois dans les évangiles il nous est dit que Jésus s’adressait à son Père pour prier, mais rarement, sauf au début de la Passion de l’évangile de Saint Jean, il nous est mentionné le contenu du colloque divin. Saint Marc et St Luc rapportent également cette belle prière d’action de grâce mais dans un autre contexte. St Mathieu la situe après la longue mission de prédication de Jésus en Galilée sur le pourtour du lac qui finalement se soldait en un échec, du moins auprès des autorités religieuses de la région. Aussi maintenant l’invitation faite aux petites gens sans culture qui ploient sous les fardeaux de la vie, semble plus logique. Elle nous montre l’extraordinaire proximité que Jésus entretient avec le Père, on le voit exulter sous l’inspiration de l’Esprit pour dévoiler deux choses importantes aux disciples :

Premièrement, la révélation du Père s’adresse d’abord aux plus petits dont ils font partie, ensuite que celle-ci se réalise uniquement qu’à travers Lui, le Fils incarné c’est-à-dire le Christ, et qu’il communique Lui-même cette Révélation de la Miséricorde du Père, à qui Il veut.

Tout vient donc du Père, et Jésus en premier lieu remercie son Père, l’Auteur de tout bien, de ce qu’Il puisse être le Révélateur de son Dessein de Bienveillance qu’il propose à l’humanité blessée « aux tout petits » : ceux qui ne sont pas rompus à la théologie des docteurs de la Loi, aux pauvres en esprit, aux malades, aux brebis dispersées ou égarées, à ceux-là même qui sont méprisés par les savants. Le Christ de fait, emprunte délibérément la voie de l’humiliation, qui ne peut être comprise réellement que par les plus petits, car elle ne part pas des sentiments ou des pensées insaisissables du Père, mais bien en raison de ses propres pensées ou sentiments qu’Il éprouve devant eux, semblablement à tous ceux qui l’observent et l’écoutent.

Il est le seul Révélateur parce que lui seul connait les pensées et les sentiments du Père de sorte qu’Il peut prononcer l’expression suprême « Tout m’a été confié par mon Père ». Lui seul connait le secret du Père, et réciproquement le Père seul connait le secret du Fils. Déclaration étonnante qui soulève déjà le voile du mystère trinitaire, et la transmission de ses pensées ou des sentiments du Fils aux hommes, et qui indique ainsi la présence conjointe du Saint Esprit au cœur de la communion du Père et du Fils. La deuxième lecture de ce dimanche parait le souligner puisque dans la relation réciproque très intime du Père et du Fils, on découvre que le Fils n’exécute pas simplement les ordres du Père ; mais qu’Il a, en tant que Fils, sa propre volonté qu’Il proclame ici souveraine. Ainsi révèle-t-Il le Père et Lui-même à ceux qu’Il a élus pour cela, ceux qui en particulier peinent sous le poids du fardeau.

Sont ainsi conviés tous les affligés, tous les accablés, auxquels est promis le repos. Là il convient de remarquer l’opposition : ceux qui viennent à Jésus portent de lourds fardeaux, alors que le joug de Jésus est léger même s’il s’agit de sa Croix très lourde. Comment cela peut-il se faire ? Cela tient à l’attitude foncière de Jésus qu’Il révèle en se déclarant comme étant « doux et humble de cœur ». Celui qui ne gémit pas sous les fardeaux qu’on lui impose, ne se plaint pas, ne proteste pas et ne compare pas par rapport à ses propres forces !

Aussi Il nous exhorte à « nous mettre à son école » afin d’expérimenter que le fardeau est alors plus léger quand il est porté avec Lui, dans son Esprit et en quelque sorte par son Esprit !

Ce n’est donc pas en vain que St Paul nous enjoint d’avoir « en nous l’Esprit de Dieu, Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts et le même Esprit du Christ qui habite en nous », afin de nous laisser finalement déterminer habituellement par Lui. Bien que l’homme charnel gémisse encore sous le fardeau, nous ne sommes plus débiteurs de la chair qui soupire après la mort, mais nous devons nous réjouir intérieurement que l’Esprit de Dieu, Esprit d’Amour du Père et du Fils, nous permette de porter un peu du joug de sa Croix glorieuse, en nous faisant accepter de participer au mystère de la Rédemption universelle, pour le Salut de tous.

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