Chers frères et sœurs,

Après avoir fêté le Christ ressuscité à Pâque, puis l’Avènement de l’Esprit-saint au Cénacle à la Pentecôte Dimanche dernier, l’Église éprouve le besoin de fêter l’union des trois Personnes de la sainte Trinité qui, d’un commun accord de volonté, ont concouru selon leur identité propre à la réalisation de la Rédemption des hommes.

Bien que cette fête ne semble pas correspondre comme, la Résurrection et la Pentecôte, à un évènement déterminé de l’œuvre du Salut, elle semble répondre à la « Session du Christ à la droite du Père » dans sa Gloire. La solennité de la sainte Trinité apparait ainsi comme le sommet de la divine Révélation, l’Église exprime sa joie d’avoir part à la connaissance de cette Réalité jusque-là secrète, d’où l’Amour divin jaillit sur tout parfaitement : c’est l’Unité dans la « différence » de ces trois Personnes incréées, coéternelles, égales, distinctes néanmoins mystérieusement « consubstantielles », toutes puissantes et infinies, engendrant l’Intelligence et l’Amour de toutes choses.

Les trois écritures de la liturgie de la Parole sont brèves, et plutôt allusives de ce grand Mystère. Toutes trois dans leur contexte exaltent ou bénissent le même Dieu Unique qui prodigue sa surabondante Miséricorde à ses créatures, appelées en Alliance à le rejoindre.

Dès l’antiquité divers courants philosophiques, ou bien l’influence d’autres traditions religieuses sont venus emmêler les expressions orales ou écrites de ce profond Mystère. Mais la bonne logique des vrais théologiens, nos Pères dans la Foi, ceux qui ont puisé à la grâce de la méditation des Écritures, ont pu élaborer en Église lors des premiers conciles… le Credo.

Ainsi nous Catholiques, nous croyons en un Dieu Vivant, et non en un Dieu de philosophes – qui ne s’appuient que sur des raisonnements humains et ainsi nous amèneraient à considérer un Dieu abstrait, ou à un Dieu mythique sorti de l’imagination humaine.

Nous donc, nous croyons en Celui qui est à l’origine du monde, et qui le dirige vers le but que Lui seul connait … pour sa Gloire. Nous croyons en un Dieu « supra-personnel », ineffable, libre, intelligent et dont la Bonté déborde partout. Ce mystère du Nom de Dieu « Trinité » est plus que sacré…Il est Saint. Son éminence surpasse tout. Infiniment respectueux de ses créatures, Il nous inclut cependant en Lui, tout en nous laissant libre. Il nous fait pressentir sa Présence et même parfois il nous la fait ressentir dans le silence. De sorte qu’avec Moïse dans la nuée du Sinaï nous pouvons proclamer le « Tétragramme cordial » révélé dans le Buisson ardent, buisson inconsummable car incorruptible : YOHéWaHé c’est le Seigneur Yahwé, Lui, le seul vrai Dieu, tendre et Miséricordieux, lent à la colère, plein d’Amour et de Fidélité ! Il y a une correspondance certaine entre les deux appellations, la première vient de Dieu lors de la première alliance du petit peuple d’Israël, la seconde vient de l’ordre donné par Jésus Lui-même aux disciples, d’aller baptiser dans le monde entier « au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit » en vue de l’évangélisation de toutes les nations pour constituer l’Église, nouveau peuple de Dieu.

Mais dire Dieu surtout à notre époque, c’est généralement dire un mot commun, qui désigne un Dieu que nous ne pouvons pas saisir nous-mêmes raisonnablement puisqu’Il échappe à nos prises conceptuelles ; aussi pour nous, Il risque de demeurer dans sa transcendance solitaire ! Heureusement pourtant à ceux qui croient qu’Il existe vraiment et qu’Il veille sur nous, le vrai Dieu révèle sa discrète Présence.

Dans l’histoire des hommes Il s’est révélé déjà depuis plus de 3000 ans ; comme le Dieu unique, Créateur offensé par notre désobéissance ; Compatissant, Il est sorti de sa réserve, Il s’est adressé à nous, Il s’est fait notre Interlocuteur, le messager d’un Dessein de Salut et d’Alliance envers l’humanité encore déchue… Il vient sans cesse à nous et Il tente de pénétrer dans nos vies pour les bouleverser, les retourner et les transformer.

Plus récemment, quoiqu’il y a déjà 2000 ans, avec l’Œuvre décisive de la Rédemption, Il nous a « tout dit » de Lui, parce qu’à travers la vérité du comportement de son Fils incarné, Il s’est manifesté en se livrant totalement jusqu’à mourir librement pour nous délivrer. Il a exprimé par-là son Amour absolu, comme nous le déclare l’évangile de ce Jour : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. » Non seulement Il nous offre son pardon quand nous nous reconnaissons pécheur, mais Il nous promet de participer à sa Vie éternelle.

Pour nous Chrétien, Dieu est avant tout : la Source de la Vie et de la Lumière. Il n’est pas d’abord le Dieu Juge que nous portons en nous depuis le péché originel. Le nom profane de « Dieu » a donc besoin d’être constamment réajusté à la lumière des Écritures, spécialement depuis la grâce baptismale de notre Rédemption.

La révélation du Mystère de la Trinité sainte doit nous ouvrir à une compréhension renouvelée et approfondie de Dieu, Elle nous permet d’adhérer plus complètement au Dieu authentique, Elle nous Le rend plus proche, et en cela elle favorise l’établissement de relations personnelles avec chacune des trois Personnes divines. Elle attire l’intelligence et le Cœur, non pas tant sur ce que les Personnes ont de commun vis-à-vis de leur nature commune, mais vers ce qui est propre à chacune d’elles. Aujourd’hui, par exemple, la célébration de la sainte Trinité invite les chrétiens à fêter le Père très Saint, qui à la différence des deux Autres Personnes divines, n’a aucune fête spéciale, pour magnifier en Lui l’Amour paternel qui est pourtant à l’origine de toute l’action salvifique envers l’humanité.

Accueillir le Mystère de la sainte Trinité en nous, c’est vouer au Christ la foi et l’amour qui sont dus au Fils venu parmi nous, pour nous sauver ; c’est se tourner avec Lui vers le Père pour Lui rendre hommage filial, et c’est laisser venir l’Esprit habiter en nous, pour nous laisser animer par son souffle fortifiant !

Qu’il en soit ainsi. Amen !

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