Ce qui ressort en premier lieu de la fête de ce jour est une exultation, une joie qui s’exprime à travers la louange et l’action de grâces.
« Réjouis-toi, de tout ton cœur, bondis de joie, fille de Jérusalem » Sophonie 3, 14
« Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! » répond Marie. Lc 1, 46
La visitation de Marie à Elisabeth est la figure de toute vraie rencontre, de toute vraie hospitalité.
Ces deux femmes ont en commun, la joie, l’action de grâce, la bénédiction et la gratuité. Ces deux mères vivent dans leur chair la manifestation du rêve que Dieu n’a cessé de poursuivre depuis la fondation du monde.
L’échange de paroles entre Elisabeth et Marie sont des paroles de révélation : une révélation de leur parcours de foi, une révélation de l’identité et de la mission des enfants qu’elles portent en leur sein, Jean le précurseur, Jésus le sauveur. Leurs paroles témoignent des voies de Dieu au cœur de notre humanité.
Elisabeth âgée et stérile porte en elle le fruit de la miséricorde divine. Elle porte le fruit qui ouvre au cœur d’un monde éprouvé, une lueur d’espérance. Si nous voyons le monde comme trop vieux et stérile, alors Elisabeth porte le signe de la fidélité, de la bienveillance et du possible de Dieu.
Marie jeune et vierge porte en elle le fruit de la grâce, elle porte le signe d’un monde nouveau. Marie porte en son sein le prince de la Paix. Et c’est dans cette Paix véritable, offerte et vivante que réside le rêve de Dieu. Marie porte en elle cette bonne-nouvelle annoncée aux pauvres, à ceux qui ne savent plus ni d’où ni comment surgira le Dieu qui sauve, mais qui l’appellent et qui l’attendent.
Ces pauvres de cœur sont ceux qui n’adhèrent pas aux injustices et aux violences de ce monde, qui peuvent entacher même le visage de l’Église du Christ. Ces pauvres de cœur ne se résignent pas à ce que le rêve de Dieu se transforme en cauchemar, mais qui en souffrent et aspirent à la justice et à la paix.
Marie pleine de la Parole de vie s’élance vers la maison d’Elisabeth, car elle a appris que Dieu lui avait fait miséricorde.
Est-ce que la miséricorde de Dieu ne plane pas sur tous ?
Marie est aussi porteuse de bénédiction, porteuse de la bénédiction de Dieu, incarnée en elle et destinée au monde entier. La bénédiction divine est venue à la rencontre de l’espérance des pauvres de cœur, de ceux qui abritent la petite flamme de la foi, et elle devient manifestation pour tous, épiphanie.
En tant que chrétiens ne sommes-nous pas appelés comme Marie à cette mission d’apporter cette présence du Verbe qui éclaire et qui appelle l’Esprit Saint à la croisée de nos rencontres ?
Marie n’a rien entre les mains, pas de leçon à donner, ni de connaissances apprises ni de projet pastoral. Elle souhaite la paix à Elisabeth. La Paix est la première salutation de l’apôtre : « Voici que je vous envoie…N’emportez rien pour la route…Dans toute maison où vous entrerez dites ‘ Paix à cette maison’ » a dit Jésus.
Cette ‘paix’, ‘shalom’ en hébreu ou dite en grec sur le registre de la joie ‘réjouis-toi’, exprime l’accomplissement de la promesse divine, l’horizon d’une plénitude.
Nous approchons-nous de l’autre, du frère, de la sœur ou de l’étranger avec ce désir dans le cœur ?
La vraie rencontre est dépendante de la gratuité. Dans cette gratuité s’exprime un non-désir de puissance, une abstention d’emprise, s’exprime une identification à la figure du ‘serviteur’.
La rencontre est aussi une véritable expérience de l’humilité dans toute sa fécondité. Ainsi laissons chaque jour imprégner en nous le chant de Marie :
« Le Seigneur s’est penché sur son humble servante…le puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ».



