Chers frères et soeurs
Après avoir célébré la fête de l’Ascension de notre Seigneur Jésus, nous voici dans le temps de la supplication et de la prière pour la venue du Saint Esprit que nous célébrerons au dimanche de la Pentecôte. Ce temps de prière est traditionnellement appelé le temps du Cénacle. Le cénacle est cette chambre haute où les apôtres avaient l’habitude de se réunir avec Jésus, image aussi de l’Église, dans laquelle sont réunis les disciples en prière : « Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères. »
Notre vie de chrétien, notre vie dans l’Église du Christ est soutenue, fortifiée par la prière du Christ et par la prière de Marie.
Aujourd’hui Jésus prie son Père pour nous. Jésus nous a dévoilé le vrai visage du Père, il l’a dévoilé en manifestant à travers le don de sa vie tout l’amour que Dieu a pour nous.
Nous sommes nés à la grâce, d’une Parole de vie, une parole qui nous resitue dans une histoire, une longue histoire d’amour, l’amour de Dieu pour l’humanité. Dieu nous a aimés d’un amour éternel. Dans sa prière adressée au Père Jésus dit ceci : « Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître encore, pour qu’ils aient en eux l’amour dont tu m’as aimé, et que moi aussi, je sois en eux. »
De cette œuvre de salut et de sa parole, dans le don de l’Esprit Saint, nous en sommes les bénéficiaires et les passeurs. Le Christ prie aussi pour tous ceux qui grâce à notre témoignage de vie chrétienne en ce monde croiront en lui. Nous avons une vocation de passeurs car la volonté de Dieu est que tous les hommes accèdent à la connaissance de Dieu et soient sauvés.
Le Christ auprès de son Père et notre Père, prie pour nous de façon incessante pour que sa parole trace son chemin en nous. Nous savons d’expérience que le baptême qui fait de nous des fils et filles de Dieu, ne fait pas de nous des saints accomplis, parfaits et aimants, mais la grâce du baptême nous entraîne sur le chemin de la sainteté. La mise en œuvre de la vie Trinitaire en nous et entre nous, nous entraîne dans un combat spirituel, un conflit permanent avec les forces souterraines de l’égoïsme et de la violence. Combat entre l’homme nouveau renaît de l’Esprit et le vieil homme obéissant aux tendances égoïstes de la chair, selon une image de St Paul.
Le Christ prie sans cesse pour nous car par le baptême nous appartenons à notre Père des Cieux, notre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu, mais ce Mystère nous le vivons au cœur du monde, à travers notre vie en ce monde, pour en manifester son existence : « Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. » Sa prière nous pousse aussi à l’unité, car c’est à l’amour que nous pouvons mettre en œuvre les uns pour les autres que nous manifestons et que nous reconnaissons l’œuvre du Christ et le don de Dieu.
Si Jésus insiste tant sur l’unité, c’est que la parole de Dieu nous provoque à l’universel, nous provoque à sortir de nos clivages, de nos murs de séparation, comme le Christ lui-même a brisé les murs de séparations pour que l’amour de Dieu puisse atteindre toute l’humanité.
Marie, la mère de Jésus, se tient là au milieu de nous, en prière. Les Écritures nous présentent Marie à deux endroits cruciaux de la vie du Christ et de l’Église. Marie se tenait debout au pied de la croix recevant de Jésus sa mission de Mère, et Marie est là en prière au milieu des disciples dans la chambre haute, avec les frères et sœurs de Jésus.
Au pied de la croix Jésus a donné mission à Marie d’accomplir son pèlerinage de la foi dans les douleurs de l’enfantement, en ouvrant sa maternité à l’universalité du genre humain.
Marie ne peut posséder Jésus comme fils, que si elle reconnaît en lui « le frère aîné d’une multitude de frères ». « Femme voici ton fils », dit Jésus en désignant son disciple. Et Jésus nous invite à recevoir Marie comme Mère, comme il nous invite aussi à nous recevoir les uns les autres comme filles et fils d’un même Père, Dieu et Seigneur de tous.
Il n’est de véritable connaissance de Dieu que dans son amour universel et dans le service de tous ceux que Dieu aime.
Plus que jamais nous vivons dans un monde ou les diversités se rencontrent, se croisent, s’affrontent. Les actualités rendent criantes les fractures violentes et les fragilités multiples de notre monde, de notre société et les fragilités mêmes de l’Église. Tout cela nous révèle aussi l’incontournable défi de la solidarité sans laquelle notre humanité ne peut vivre. Marie se tient là, debout, devant son Fils en croix comme un phare de foi, d’espérance et d’amour, image accomplie d’une Église présente sur les points de fractures de l’humanité. Marie est là en prière avec nous dans notre Cénacle, elle est l’icône d’une Église qui espère et qui accueille, qui appelle les dons de l’Esprit sur ce monde, mais aussi image d’une Église servante qui agit. Plus que jamais nous avons besoin de percevoir ce visage-là de l’Église.
Avec Marie la prière appelle cette Sagesse d’en haut à descendre dans nos cœurs et dans le monde.
Nous ne nous rassemblons pas pour prier juste pour nous réconforter les uns les autres, mais nous prions surtout pour que la justice et la paix se fassent dans nos cœurs et dans le monde.
Le creuset de la prière nous fait humblement porter l’humanité dont nous sommes si solidaires.
Jésus nous invite à prier vraiment avec un cœur de pauvre à partir duquel nous pouvons tout espérer.
Que la prière incessante de Jésus et de Marie nous soutienne, nous fortifie et nous guide dans le quotidien de notre foi, dans la force de l’Esprit Saint !



