Chers frères et sœurs

En ce 5e Dimanche de carême s’ouvre le temps fort de la Passion du Seigneur, dernière étape de notre préparation à revivre en Église, grâce au déroulement annuel de la liturgie du Mystère pascal. Ce mystère de Pâque de notre Seigneur nous concerne, il nous est demandé de le méditer fréquemment, il doit nous toucher personnellement, parce qu’il ne convient pas de cacher à nous-même notre fragilité et notre caducité, car à plus ou moins longue échéance se produira notre mort biologique. Alors notre vie temporelle sera totalement découverte devant Dieu en vue d’un court jugement dans l’heureuse perspective d’un monde meilleur, un monde transfiguré dans la lumière et l’amour de Dieu. Aussi ce terme fatal pour nous, ne devrait pas se faire dans le trouble ou l’angoisse, parce que nous avons la chance de vivre dans les derniers temps avec cette connaissance de la bonne Nouvelle du grand évènement de la Résurrection de Jésus Christ et de l’avènement de son Royaume déjà présent parmi nous !

Nous croyons en ce 5e dimanche de Carême aux paroles du Seigneur qui d’une manière très explicite déclare « Moi, Je suis la Résurrection et la Vie ; celui qui croit en Moi, même s’il meurt, vivra. » Alors même s’il nous faut encore appréhender la pénibilité et l’embarras de la mort, à l’exemple de Marthe avec toute notre foi chrétienne, nous devons considérer cette mort comme un état préalable, un passage indispensable à la réalisation de notre Résurrection.

Nous entendons aujourd’hui Marthe adresser au Christ l’une des plus belles confessions de foi que les évangélistes nous aient rapportée, après elle, nous sommes invités à dire : « Oui, Seigneur tu es le Messie, je le crois, tu es le Messie, le Fils de Dieu, Celui qui vient dans le monde ». Comme Marie sa sœur et Lazare son frère, Marthe reconnait en Jésus une transcendance divine, Il est Celui qui vient nous sauver et nous communiquer l’Esprit pour nous entrainer dans sa vie nouvelle qui n’aura pas de fin. Une telle assurance n’empêche pas pour autant, qu’une émotion se produise en Jésus, car avant qu’Il ne ressuscite Lazare, Jésus se mit à pleurer. Voilà qui prouve une fois de plus que les évangélistes ne présentent pas un Messie stoïque enfermé en sa haute Personnalité, mais nous le montre comme un homme presque ordinaire, affligé, qui éprouve de la peine et apparait désemparé devant cette mort héréditaire encore toute puissante !

Cependant Jésus ne vit pas seul, Il l’a dit récemment à ses contradicteurs « Je ne fais rien par Moi-même », et « cette maladie de Lazare est pour la gloire de Dieu, afin que par elle, le Fils de l’homme soit glorifié ». Jésus partage donc avec le Père et l’Esprit saint ce pouvoir extraordinaire de communiquer l’immortalité aux corps déjà morts ! C’est pourquoi, avant même que le miracle ne s’effectue, « Jésus peut remercier son Père pour l’exaucement de sa prière en faveur de son ami défunt », qui également annonce sa propre et prochaine Résurrection. Le Christ démontre ainsi à son entourage et à nous-mêmes que cette puissance de Résurrection Lui est accordée par le Père, ce Père éternel invisible dont Il partage l’autorité souveraine ; Jésus est vraiment Maître de la mort, en cela nous rejoignons la prophétie d’Ezékiel révélant que le Messie réalisera la promesse « de faire sortir son peuple de ses tombeaux et lui communiquera ensuite son propre Esprit en héritage ».

Cette expérience de maitrise sur la mort manifeste que le Dieu de l’ancienne Alliance, est bien déjà le Dieu vivant, Celui qui vit par Lui-même et fait vivre librement tout ce qui existe… Or manifester ce pouvoir divin, appartient en propre à la Mission du Christ, toutefois Il en réalisera pleinement la toute-puissance qu’avec sa propre mort et sa Résurrection.

Cette mort ne sera plus alors le destin des fils d’Adam, mais la révélation de l’abandon suprême réalisé par le Christ dans l’obéissance « substitutive » d’Amour, que nous serons bientôt appelés à imiter à notre tour.

La vie communiquée sera alors celle de Dieu-même pour l’éternité, et en cela dans le Christ, nous serons Divinisés ! Rendons grâce à Dieu pour le changement de destin qu’Il a opéré en assumant notre mort librement.

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