En entendant résonner en la fête d’aujourd’hui la salutation de l’Ange à Marie : « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. », nous entendons les pas de Celui qui vient pour combler le monde de sa paix, de sa justice et de son amour. Qui vient pour, à la suite de Marie, nous combler de sa grâce. La fête de l’Annonciation est la célébration de deux ‘Oui’ qui n’en font plus qu’un, celui de la volonté du Père. Ces deux Oui, celui du Verbe de Dieu et celui de Marie, qui vont susciter et donner corps à notre Oui touché par la grâce.
Cette salutation est portée par l’Ange à Marie, ne vient pas par le bruit des mille rumeurs du monde, mais elle résonne dans un espace de silence, d’écoute attentive, elle résonne dans un cœur éveillé, un cœur qui espère, un cœur qui désire, un cœur qui croit que tout est encore possible. Marie de Nazareth était toute pétrie de l’héritage des promesses, des alliances, de la Loi. En Marie tout cet héritage se fait l’écho d’une nouveauté tout aussi radicale qu’impensable, tout comme Abraham qui eut foi en Dieu et qui se mit en route sans savoir où il allait, et qui offrit son fils en ayant foi en la promesse divine.
Ainsi Marie pleinement préparée par l’Esprit de Dieu fut bien plus qu’un prophète ou un ami de Dieu, elle s’engagea sur ce chemin unique et inconnu de la maternité du Verbe divin qui se fit son fils selon la chair par l’accueil inconditionnel de sa foi amoureuse en Dieu : Qu’il m’advienne selon ta parole. La sagesse de Dieu se créa une chair dans le sein de la Vierge.
Dans cet Exode de la foi auquel elle est appelée par l’intermédiaire de l’ange Gabriel, Marie devient la servante du Seigneur, en se mettant au service d’un culte nouveau, celui que le Fils de Dieu inaugure à travers l’offrande totale de son humanité, à travers son chemin terrestre, sa mort et sa résurrection, afin de nous transférer des ténèbres à son admirable lumière et de faire de nous, une nation sainte, un sacerdoce royal, un peuple que Dieu s’est acquis.
Celui qui vient, qui s’approche et qui se tient là à la porte, et qui frappe est le Prince de la Paix, le fils du Très-Haut, Celui qui gouverne l’univers avec douceur. La paix de ce Prince n’est pas celle du monde, équilibre de compromis, toujours fragile et pas toujours juste. La paix de ce Prince désigne une plénitude, plénitude de vie, plénitude d’amour, plénitude de communion.
Cette plénitude c’est seul l’Esprit de Dieu qui peut nous la faire désirer et nous l’enseigner, car elle dépasse ce que l’esprit de l’homme peut imaginer, elle dépasse ce que l’œil peut voir, ce que l’oreille peut entendre, ce que le cœur peut concevoir.
« Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. » Et voici que le Prince de la paix, le Fils du Très-Haut se présente à la porte de notre de notre monde : « Voici que je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je partagerai ma table avec lui et lui avec moi. »
Le Prince de la Paix est le Pain de vie, il est pasteur et nourriture, il est homme et Dieu. Par son Oui, Marie nous offre le pain de vie.
Oui, faire la paix, commence par offrir le pain, le pain de l’amitié et de la consolation. C’est une parabole de la vocation de l’humanité dans le dessein créateur et aimant de Dieu, c’est le long et patient travail de Dieu pour faire advenir l’humanité à sa plénitude de vie et c’est un long travail de l’homme sur lui-même.
Le Prince de la paix, le Fils du Très-Haut toque à nos portes, il est à l’écoute et il se penche sur notre humanité humiliée, humiliée par ses peurs, humiliée par ses violences et par ses haines, humiliée par ses désirs qui ne trouvent pas leur pleine satisfaction, leur plénitude rêvée, humiliée par la mort.
« Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? » dit Marie, « L’Esprit Saint viendra sur toi – lui dit l’Ange – La puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. ». Oui, Marie est vierge non seulement de corps, mais surtout de cœur, elle n’est pas mue par l’emprise de nos peurs ou de nos défiances, l’Esprit Saint en elle lui fait transcender ces craintes. Son cœur accueille ce que l’homme ne peut concevoir, elle croît profondément en la parole de Dieu qui avait promis et qui maintenant réalise. Le Oui de Marie ouvre la porte à l’avènement du Prince de la Paix en ce monde, et en recevant en elle le germe qui deviendra pain de vie elle ouvre la route à l’humanité sous la guidance du Pasteur de nos âmes : écoutons la voix du Prince de la Paix et partageons son œuvre de Paix, afin d’être appelés fils du Très-Haut.
Voici une citation de st Aelred de Rievaulx pour la fête de ce jour :
« Par la conception du Seigneur et sa naissance, le monde entier a commencé à émigrer et à passer du pouvoir du diable au Royaume du Christ. »
Ainsi cette fête nous invite à émigrer, par l’écoute amoureuse de la Parole de Dieu, par notre adhésion au Christ, par notre Oui, par la grâce communiquée par l’Esprit Saint, à émigrer vers la terre des vertus et de la sainteté, vers la terre de l’offrande de soi, en esprit et vérité, à nous ouvrir et participer au dessein bienveillant du Père.



