Bien chers frères et sœurs, nous sommes saisis chaque fois que nous entendons cette grande page d’évangile par tout ce qui émerge, et nous nous sentons présents, présents à cette rencontre entre l’aveugle, les pharisiens, ses parents et Jésus. Et je pensais à ce proverbe qui dit, et je pensais à ce proverbe qui dit : « il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre. » On peut dire : « il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir. »

Cette page d’évangile, frères et sœurs, fait partie avec l’évangile de la Samaritaine que nous avons entendu dimanche dernier, et l’évangile de la résurrection de Lazare que nous entendrons dimanche prochain, de ces grands évangiles qui, dès les origines de l’Église, étaient proclamés précisément le troisième, quatrième, cinquième dimanche avant Pâques, et qui avaient pour but de préparer les catéchumènes à recevoir le baptême la nuit de Pâques. Et après avoir proclamé cet évangile, l’évêque commentait longuement cette page d’évangile qui faisait parcourir aux catéchumènes à travers ces trois récits tout le chemin catéchuménal, c’est-à-dire de préparation au baptême.

Mais, frères et sœurs, les catéchumènes ne sont pas les seuls à être concernés par ces évangiles, car le temps du carême est pour chaque baptisé, pour chaque baptisé qu’il soit débutant ou qu’il soit affermi dans la vie chrétienne, un chemin catéchuménal. Avec la samaritaine, dimanche dernier, nous avons redécouvert la personne du Christ comme étant Celui qui donne à boire, qui nous désaltère. Avec l’aveugle né, aujourd’hui, nous rechoisissons le Seigneur Jésus comme étant la vraie lumière guidant nos vies. Et nous disons avec l’aveugle : Je crois, Seigneur.

Et dimanche prochain, avec le récit de la résurrection de Lazare, nous redirons avec Marthe, la sœur de Marie et de Lazare : Seigneur Christ, je crois que tu es le Christ, je crois que tu es le Fils de Dieu.

La samaritaine, frères et sœurs, l’aveugle né, dont nous ne connaissons pas le nom, représentent plus que leur personne individuelle. Ils sont la figure de l’homme qui accueille dans sa vie la personne de Jésus, lumière du monde. Et du fait de cet accueil, tout change ! La samaritaine : Venez donc voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait, ne serait-il pas le Christ ? Et l’aveugle né se prosterna et dit : Je crois, Seigneur. Cet homme figure le pardon accordé dans les eaux du baptême par la foi en l’Envoyé du Père.

Il est toujours frappant d’entendre les évêques – peut-être qu’il vous arrive de rencontrer votre évêque, parfois au cours de l’année – et j’ai toujours remarqué que les évêques sont très frappés par les lettres qu’ils reçoivent des catéchumènes qui vont recevoir le baptême. Et à chaque fois, ils disent qu’ils sont bouleversés par la vérité, l’authenticité de ces hommes et de ces femmes qui, comme la samaritaine, comme l’aveugle né, découvrent dans leur vie que Jésus est le Seigneur. Et cela nous encourage, frères et sœurs, le témoignage de ces milliers d’hommes et de femmes adultes qui, dans la nuit de Pâques, en France et bien ailleurs dans le monde, vont recevoir le baptême, nous encourage dans la foi, et nous aussi, comme eux, à reconnaître, à redire ce que nous avons dit au jour de notre baptême : « Je crois, Seigneur, que tu es le Fils du Dieu vivant. » Saint Augustin, l’un de nos Pères dans la foi, au Vème siècle, écrira : « Les faits surprenants de la vie de Jésus sont à la fois des œuvres et des paroles, des œuvres parce qu’elles ont été faites, des paroles parce que ce sont des signes (autrement dit : des sacrements). »

Ces œuvres que nous venons d’évoquer, Jésus les a accomplies pour qu’à notre tour, nous croyions qu’il est l’Envoyé du Père. Elles sont devenues des signes pour nous signifier que le salut est parvenu jusqu’à chacun de nous.

La lumière du Christ, frères et sœurs, venant illuminer cet aveugle de naissance, n’a pas fini de pénétrer nos cœurs et nos esprits. Elle nous rejoint aujourd’hui dans notre assemblée. Avec force, laissons pénétrer en nous la parole de l’apôtre que nous avons entendue en deuxième lecture, citant probablement une hymne chantée par les communautés chrétiennes de son temps. « Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts et le Christ t’illuminera. » Chant baptismal, chant pascal par excellence, qui accompagnera les catéchumènes lorsque dans quelques jours ils descendront dans la nuit de Pâques dans les eaux baptismales. Le vêtement blanc dont ils seront revêtus, le cierge allumé qui leur sera remis, l’onction du Saint Chrême dont ils seront oints, tout cela sera donné pour leur signifier qu’ils deviennent, par leur baptême, des créatures nouvelles. « Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts et le Christ t’illuminera. »

Mais nous aussi, frères et sœurs, nous renouvellerons, durant la Nuit de Pâques, les promesses de notre baptême avec les catéchumènes, en communion avec eux. Quant à la parole du célébrant : « Renoncez-vous à Satan ? », nous répondrons « J’y renonce ». On ne répondra pas « Nous renonçons », mais « J’y renonce », parce que c’est chacun de nous qui est concerné. « Renoncez-vous à toutes ses œuvres ? », c’est-à-dire au péché, nous répondrons « J’y renonce » ; « et à toutes ses séductions qui conduisent au péché ? », « J’y renonce ».

Alors nous pourrons goûter combien il est bon d’être enfant de Dieu, et nous le sommes en toute vérité. Voyez de quel grand amour nous dit l’apôtre Jean, le Père nous a fait don que nous soyons appelés enfants de Dieu. Et c’est là toute notre grandeur, frères et sœurs, toute notre dignité. Et même nos frères et sœurs en humanité, qui n’ont pas eu la grâce d’être baptisés, sont eux aussi enfants de Dieu parce qu’ils sortent des mains d’un Dieu qui aime tous les hommes et qui veut que tous les hommes parviennent à la connaissance de la vérité. Cette vie baptismale que recevront les catéchumènes et que nous avons reçue est une véritable re-création. Écoutons Saint Irénée de Lyon : « Puisque nous sommes modelés dans le sein maternel par le Verbe, ce même Verbe remodela les yeux de l’aveugle né, il fit ainsi apparaître au grand jour celui qui nous a modelés dans le secret. » C’est toi qui m’as créé dès le sein maternel, chantons-nous dans le psaume 138. Seigneur, c’est toi qui me recrée dans les eaux du baptême.

Chers frères et sœurs, que nos vies, comme celle de l’aveugle né, manifestent « les œuvres de Dieu » : non seulement sa grandeur, sa Toute-Puissance mais aussi sa Miséricorde dont il nous a aimés, dans le Christ Jésus notre Seigneur qui nous a aimés et s’est livré pour nous. Amen !

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