En célébrant l’entrée dans le temps du Carême, le mercredi des Cendres nous ouvre ce long temps préparatoire à la célébration de Pâques. Chemin de préparation pour redécouvrir la grâce de notre vie baptismale. La cendre signe de pénitence, symbolise nos limites humaines, ce qui en nous est éphémère. La cendre nous invite à tourner nos regards vers ce qui ne passe pas. Mais la cendre n’est pas stérile. Sous la cendre couve le feu de l’Amour de Dieu. Une antique tradition, devenue rare avec l’évolution technique, consistait le soir à recouvrir le feu par une épaisseur de cendre, afin d’en préserver les braises, et au matin d’en redégager les cendres pour raviver les braises et faire repartir le feu. Sous la cendre est notre braise, notre braise qui a besoin du souffle de l’Esprit Saint pour être à nouveau allumée, embrasée. Ce feu qui sera à nouveau allumé dans la nuit de Pâques, symbolisant la flamme du Christ ressuscité s’élevant dans la nuit. Pour cela notre cœur a besoin de se libérer, de se purifier pour redécouvrir la vive flamme de l’Amour de Dieu.

L’humain au cœur de ses désirs est appelé avant tout à consentir à ses limites. Limites du savoir, limites de l’avoir, limites du pouvoir, les limites envers son phantasme d’autonomie ; nous avons besoin de la grâce de Dieu, elle nous est même nécessaire. Nous avons besoin de cette grâce d’amour et de sanctification pour découvrir notre vrai visage d’enfant de Dieu. Nous avons besoin de Dieu et nous avons besoin les uns des autres pour vivre cela. C’est une œuvre de réconciliation et d’Alliance. Nous expérimentons qu’au cœur même de l’Alliance l’homme éprouve ses limites et sa pauvreté pour répondre à la sainteté. Le malheur de l’homme, et ses aveuglements, procède avant tout dans le refus à ce consentement du réel qui le fonde. Le refus des limites de sa condition humaine et de sa dépendance envers sa Source de vie, cette source de vie qu’est la Parole vivante de Dieu et du souffle de vie et d’amour qu’est l’Esprit Saint, lui qui réside en nos cœurs depuis le jour de notre baptême. C’est cette seule dépendance de Dieu qui nous fait sortir des violences de ce monde.

Le temps du Carême nous invite donc sur ce chemin de réconciliation, ce chemin de l’Alliance. Cheminement en éprouvant la faim et la soif de la justice, en poursuivant la paix, en mettant en œuvre la charité fraternelle et surtout en nous confiant à Dieu avec un cœur de pauvre, en nous laissant purifier de nos égoïsmes, afin de célébrer dignement et joyeusement la Pâque du Christ.

Jésus nous enseigne sur les trois axes fondamentaux à travers lesquels notre foi se vit en acte et en vérité. L’aumône, la prière et le jeûne. Axes auxquels s’ajoutent deux attitudes qui s’opposent, l’attitude extérieure, ostentatoire, et l’attitude intérieure de l’ordre de la pureté d’intention et de la gratuité.

L’aumône nous situe dans le rapport avec le prochain, dans l’attention à travers la charité fraternelle, elle nous ouvre au visage de la sœur, du frère. Dieu nous poursuit avec cette question lancinante : « Qu’as-tu fait de ton frère ? »

La prière, elle, est expression de la place de Dieu dans notre vie de foi, elle est reconnaissance et action de grâce de cette source de vie avec laquelle nous entrons en Alliance. Ce n’est pas l’étalage d’une attitude religieuse pour montrer aux autres que nous sommes des hommes pieux, respectables. La prière nous situe dans l’humilité des pauvres, dans la reconnaissance de notre statut d’enfants du royaume, bien-aimés du Père. La prière nous ouvre le cœur et nous invite à la confiance.

Le jeûne, lui nous situe dans une juste relation au monde qui nous entoure. Relation si critique aujourd’hui. Il ne s’agit pas d’exploits, mais de vaincre les tendances de notre convoitise pour découvrir la valeur profonde de la vie qui nous est donnée et la valeur de toute créature. Découvrir la juste utilisation de toute chose pour le bien commun. Le jeûne, la modération, nous rend tout autant solidaires que co-acteurs du projet divin envers l’humanité et la création.

Aussi ces trois axes liés les uns aux autres, ont en commun le secret du cœur, l’amour de notre Père de Cieux, le don du Fils et la joie du Saint Esprit.

Oui, chers frères et sœurs, entrons dans ce temps favorable et ce temps de grâce, avec la joie du saint désir spirituel.

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