Lumière, sel, sagesse, tels sont les mots qui résonnent et se font échos dans les lectures de ce jour.
St Paul nous dit que sa proclamation de l’Évangile n’a rien d’un langage habile de sagesse humaine qui veut convaincre. Non, il s’agit bien d’une sagesse de Dieu, de cette sagesse du Christ que sont sa vie, sa mort et sa résurrection. Cette sagesse est la manifestation de l’Esprit Saint qui se fait sel et lumière dans nos vies. Cet Esprit Saint qui est l’amour de Dieu répandu en nos cœurs, l’Esprit du Fils qui anime notre foi et qui nous pousse à lui ressembler.
Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde, nous dit Jésus. Ce passage d’évangile fait suite à la proclamation des béatitudes : bienheureux les humbles de cœurs, les artisans de paix, bienheureux les affamés et assoiffés de justice, bienheureux les témoins de Jésus et de l’Évangile. Ce passage d’évangile fait aussi le lien avec le chapitre 25 de Matthieu : tout ce que vous avez fait à l’un des plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. C’est bien ce que proclame le prophète Isaïe : Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. Alors ta lumière jaillira comme l’aurore.
Jésus nous parle d’une justice qui rend aux hommes leur dignité d’enfants de Dieu, fils et filles d’un même Père des Cieux. Bienheureux les artisans de paix et ceux qui exercent la miséricorde, bienheureux les cœurs purs, ceux-là qui poursuivent le bien et ne suivent pas les voies du Mal et du mensonge. Oui, bienheureux ceux qui témoignent, par leur persévérance dans la foi et la pratique des bonnes œuvres, de la Présence du Christ en ce monde. Ceux-là sont amis de Dieu, amis du Christ. Celui qui me suit, nous dit Jésus, ne marche pas dans les ténèbres.
Le sel est ce qui relève le goût, en latin la sapience désigne aussi bien la sagesse que la saveur, et la sagesse de l’Évangile apporte une nouvelle saveur à la vie, au monde. Mais le sel est aussi ce qui ce qui empêche la décomposition, on garde les aliments périssables dans le sel, surtout précieux à une époque où n’existaient pas les congélateurs. C’est pourquoi le sel désigne aussi la pérennité de l’Alliance. Dans le Livre du Lévitique il est écrit : Tu saleras toute oblation que tu offriras au Seigneur, et tu ne manqueras pas de mettre sur ton oblation le sel de l’alliance de ton Dieu Lv 2, 13.
En tant que baptisés nous sommes salés de la vie du Christ : baptisés en Christ, nous avons revêtus le Christ, et ce n’est plus moi qui vit c’est le Christ qui vit en moi, dira St Paul. C’est en manifestant les fruits de l’Esprit que nous communiquerons la saveur du sel, mais non seulement, salés en Christ nous devenons aussi les garants de cette Alliance d’amour et de vie de Dieu avec l’humanité. Le rôle de ce qu’on appelle l’Église, de ceux qui sont unis par la foi en Christ, est bien de faire perdurer cette Alliance nouvelle de Dieu, au cœur de ce monde. C’est là que le sel doit devenir lumière, car les ombres qui peuvent recouvrir le caractère humain de l’Église affadissent le sel ou le tournent en amertume : que ce soit par les scandales ou les divisions, ou par une contamination de la culture de l’indifférence, de l’individualisme ou du consumérisme, ou par la timidité de dire sa foi. Oui, les membres de l’Église que nous sommes tous, doivent sans cesse se laisser interpeler sur le chemin des Béatitudes, les mettre en œuvre, on pourrait dire selon l’expression courante, ajouter notre « grain de sel » en notre monde.
On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le lampadaire, nous dit Jésus. C’est une lampe éteinte que l’on range sous le boisseau, tout comme l’homme à qui le Maître a confié un talent à faire fructifier et qui va l’enterrer. Si Jésus nous exhorte à être ‘lumière’ à la vue de tous, ce n’est pas pour le simple plaisir de nous voir nous-même lumière, mais c’est pour faire un chemin de vérité en Église et en nous-même, en cohérence avec l’Évangile, et partager une lumière heureuse avec les autres. À la suite du prophète Isaïe, le psaume insiste : lumière des cœurs droits, il s’est levé dans les ténèbres, homme de justice, de tendresse et de pitié. L’homme de bien a pitié, il partage ; il mène ses affaires avec droiture.
Nous sommes tellement habitués à être menés par des GPS, parfois sur des itinéraires étranges, que nous oublions de lever les yeux, le soleil et les étoiles étaient les premiers repères pour nous guider. Oui, le Christ est notre soleil de justice, ses Paroles notre ciel et il nous rappelle que nous sommes ses témoins, les repères et les porte-lumière de son Alliance de vie en ce monde ; nous en sommes les acteurs, nous traçons aussi les chemins autant que nous les suivons.
Oui, nous sommes des êtres d’Alliance, de cette Alliance de sel et de lumière qui nous engage avec Dieu en ce monde.



