« Sur toi se lève le Seigneur, sur toi sa gloire apparaît. Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore » chante le prophète Isaïe.
Épiphanie signifie : manifestation. Une manifestation qui met en lumière une espérance, une œuvre de salut. Dans l’antiquité ce mot s’appliquait à l’avènement de personnages illustres qui interféraient comme des dieux dans le cours de l’histoire.
Dans le langage biblique, « épiphanie » désigne la manifestation de l’œuvre de Dieu au cœur de l’attente de son peuple, en faveur des hommes. Plus précisément « épiphanie » désigne l’avènement décisif du Christ en notre monde, Celui sur qui repose l’onction de Dieu. Le Verbe de Dieu qui vient habiter, illuminer et transformer notre humanité. Au moyen-âge l’Église célébrait le jour de l’Épiphanie, les trois manifestations du Christ qu’étaient : l’adoration des Mages, le baptême du Christ au Jourdain et les Noces de Cana, les trois lieux où la messianité du Christ est manifestée à des étrangers, au peuple d’Israël et aux disciples de Jésus par l’intercession de sa Mère.
Au-delà de la sympathique image des rois mages et de la traditionnelle galette ou couronne des rois, le véritable centre de cette fête est bien le Christ lumière. Christ lumière et espérance pour tout homme, pour les croyants et pour tous ceux qui recherchent la vérité, la paix, la justice, la dignité humaine, et qui s’opposent à tout ce qui déchire l’homme. L’Épiphanie s’opère avant tout dans une rencontre, une rencontre qui remue le cœur et ouvre un autre chemin.
Être chrétien ne repose pas en premier lieu sur une décision éthique ou une grande idée, mais sur la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon, une espérance et une certitude et qui opère dans nos vies une orientation décisive, celle de l’Évangile, de la bonne Nouvelle du Salut.
Le récit de l’évangéliste Matthieu nous présente deux rois : celui que recherchent les mages, le roi des Juifs annoncé par une étoile, et le roi Hérode avec toute sa duplicité qui craint pour son pouvoir, image des pouvoirs troubles et manipulateurs de ce monde.
L’Enfant-Dieu n’a pas choisi la Ville sainte pour naître, mais « Bethléem, le moindre des clans de Juda ». Jésus le Roi Messie a choisi de venir loin des malversations du pouvoir, il vient près des humbles qui sont les proches de Dieu. En naissant dans le plus petit des clans de Juda, Dieu a vraiment choisi ce qui est petit, ce qui trompe l’orgueil humain.
Ainsi, les mages découvrent déjà le chemin choisi par Jésus, qui jamais n’utilisera le pouvoir ou l’argent pour annoncer le Royaume ni la recherche frénétique des honneurs et du luxe.
L’Épiphanie est la manifestation concrète du Mystère du salut, révélé non seulement aux juifs, mais à tous les hommes : « Les païens sont admis au même héritage, membres du même Corps, bénéficiaires de la même Promesse en Jésus-Christ, à cause de l’Évangile » nous rappelle St Paul.
Oui, baptisés en Christ nous sommes dépositaires de ce « secret » qu’il nous faut accueillir et manifester par notre vie au cœur de notre monde, et cela dans une ouverture aux autres quelle que soit leur culture ou leur religion. C’est une véritable révolution spirituelle, difficile à admettre tant on est instinctivement replié sur soi, sur ses racines familiales, sociales, culturelles ou religieuses. L’Évangile du Christ nous met en chemin, en exode.
Bethleem qui se traduit « maison du pain », devient le lieu de rencontre du Pain vivant, du Pain offert à tous. « Je suis le pain de vie, nous dira Jésus, le pain de Dieu c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. »
Que faisons-nous de cette richesse qui nous est donnée, de cette richesse destinée à toute l’humanité ? Ce n’est plus seulement de l’or, de l’encens et de la myrrhe que nous devons offrir, mais comme le dit St Paul : Offrez vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu.
La rencontre des sages païens, représentés par les mages venus d’Orient, avec le Sauveur, est un premier pas dans la grande révolution silencieuse d’un Amour sans frontières, proposé à chaque être humain. L’étoile qui les guide est celle qui doit briller dans chacune de nos vies, chacune de nos communautés pour que nous devenions « ces porteurs d’espérance », qui vont de l’avant par les chemins de l’Évangile. Qui vont de l’avant sur les chemins de la foi et des bonnes œuvres, sans jamais s’arrêter ou se laisser décourager par le mal ambiant, au cœur des défis qui traversent notre humanité.
Les mages ne retournent pas à Jérusalem auprès d’Hérode, après avoir rencontré Jésus ils repartent par un autre chemin. Un autre chemin est une nouvelle direction de vie. C’est un autre chemin qui nous fait vraiment retourner chez-nous, c’est à dire qui nous fait habiter le sens profond de notre humaine vocation : ce sont les sentiers de l’amour, de paix et de justice qui font de notre terre une maison commune dans laquelle se manifeste la lumière du Christ, comme une Étoile du matin qui annonce un jour nouveau et se lève en nos cœurs.



