Abbaye Notre-Dame de Sénanque
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Homélies

Homélie du dimanche 8 avril 2018

Dimanche de la Miséricorde - Année B

Par le Frère Jean-Marie

Le texte de cette homélie n’a pas été relu par le prédicateur

(Le style oral a été conservé)

Frères et sœurs bien aimés, l’Église en ce deuxième dimanche de Pâques, en cet octave pascale, nous donne de célébrer dans la joie et la paix du Christ, la divine Miséricorde, la Miséricorde divine.

La miséricorde est le plus grand attribut de Dieu, le plus grand attribut de Dieu envers nous. Elle est la caractéristique du christianisme.

«Dieu est Amour» nous dit l’apôtre St Jean, Dieu nous aime! Il nous aime d’un Amour de miséricorde! Car nous sommes des créatures mais des créatures pécheresses et orgueilleuses…

Cette miséricorde s’exprime, se manifeste, se révèle en la Personne de Jésus.

C’est Jésus qui est La miséricorde.

Jésus de Nazareth, né de Marie Immaculée; Jésus vrai Dieu et vrai Homme; Jésus qui est l’envoyé du Père, c’est-à-dire l’apôtre du Père et qui manifeste en lui et par son ministère, la miséricorde du Père dans la puissance de leur commun Esprit.

Cette révélation de Jésus trouve son sommet dans la crucifixion même du Christ sur le Golgotha le Vendredi Saint.

Voilà l’Amour de Dieu pour nous! Voilà la manifestation de l’Amour de Dieu pour nous!

Non pas un amour platonique mais un amour qui va jusqu’au bout de la fidélité, de la promesse qui assume la défaillance des autres.

Dieu manifeste son Amour, l’infinie grandeur de son Amour; cette infinie grandeur de son Amour pour chacun et chacune d’entre nous dans la mort de son Fils, afin de nous sauver du péché, du Mal, la force des Ténèbres, de Satan et de la mort éternelle - adjectif qu’il ne faut jamais oublier!

Jésus accorde toujours son pardon à ceux qui lui demandent, ne fût-ce qu’au dernier moment de la vie.

Tout l’univers, toute l’histoire humaine s’explique et ne se comprend que dans l’Amour, l’Amour de Dieu. Le cosmos, l’histoire humaine est une histoire d’Amour et une histoire de Miséricorde.

L’histoire de la Révélation depuis Noé, depuis Abraham jusqu’à la mort du dernier apôtre, est une histoire de Miséricorde.

Et l’histoire de l’Église est aussi une histoire de Miséricorde; l’Église qui manifeste dans ses Saints et ses Saintes, dans les Bienheureux, dans les chrétiens fidèles, ce qu’il y a de plus beau dans la Révélation; et assume les membres pécheurs, défaillants, incohérents, afin d’emmener tout le monde dans la Miséricorde de Dieu et manifester la lumière du Christ.

Toute la Révélation est une histoire de Miséricorde et la Bible est remplie de cette Miséricorde.

Et dans l’histoire de l’Église, le Seigneur s’est manifesté à des hommes et à des femmes, afin de souligner un trait de cette Miséricorde et de stimuler - de faire une piqûre de rappel, on pourrait dire - pour nous aiguillonner, nous faire avancer; on a besoin d’être stimulés.

Parmi cette épopée on pourrait citer Julienne, cette Sainte femme qui a eu pour mission d’instaurer la fête du Saint Sacrement, du Corpus Christi, et qui a toujours été persécutée comme tous ceux qui disent la Vérité ou qui parlent au Nom de Dieu!

Les flatteurs et ceux qui vont dans le sens du courant ne risquent en général pas grand-chose!

Mais aussi Marguerite-Marie, Marguerite-Marie à Paray-le Monial, où Jésus s’adresse à elle pour souligner la Miséricorde de Dieu, et cela face à l’époque qui était surtout marquée par le Jansénisme.

Et plus récemment Ste Faustine, Hélène Kowalska, qui par mission du Christ, cette jeune sœur polonaise morte à 33 ans, qui a eu pour mission de manifester, d’être encore en quelque sorte la ‘secrétaire’ de Jésus, pour annoncer au monde, avant son dernier avènement la Miséricorde divine!

Et un certain Karol Wojtyla qui était archevêque de Cracovie à l’époque et d’abord évêque auxiliaire, a instruit la cause de canonisation de Faustine et donc Jean-Paul II, le futur Jean-Paul II, était très au fait de cette histoire depuis des décennies. Et c’est pour ça que son inspiration de l’Église, par un acte magistériel de son pontificat, il a institué le deuxième dimanche de Pâques, sur la demande de Jésus, le dimanche de la Miséricorde divine.

Frères et sœurs, nous sommes appelés à accueillir, à vivre et à répandre la Miséricorde.

Accueillir la Miséricorde divine, nous sommes tous des hommes et des femmes pécheurs et pécheresses. Il n’existe pas de ‘gens biens’ en soi. Notre être au niveau ontologique (au niveau de l’être) est très bon mais nous sommes déviés au niveau moral.

Et même après le Baptême qui nous purifie de tout péché, nous donne l’adoption filiale, nous plonge dans la Passion et la Résurrection de Jésus, nous fait membre de l’Église, membre de ce Corps vivant qu’est l’Église dont le Christ est la tête, membre de cette Épouse face à l’Époux (c’est pour cela qu’il n’y a que les hommes qui peuvent recevoir l’ordination sacerdotale et épiscopale)… et bien Jésus s’adresse à nous et nous demande d’accueillir la Miséricorde.

Frères et sœurs, les «gens biens» ce sont les pécheurs pardonnés! Les autres, il y a beaucoup de décorum, il y a beaucoup de vitrines bien brillantes mais il n’y a pas de vérité derrière!

Accueillir la Miséricorde divine mais aussi vivre dans la Miséricorde, recevoir le pardon de Dieu, recevoir le pardon des autres et savoir le donner.

Vivre dans un climat de Miséricorde!

Et enfin répandre cette Miséricorde. Poser, si possible au moins une fois par jour, un acte de Miséricorde, si petit soit-il: quelqu’un qui a le don de nous mettre les nerfs en boule… et bien de répondre par un sourire, une gentillesse au lieu de répliquer du tac au tac; ou des choses beaucoup plus graves, dans les familles, dans les communautés, au rapport national ou international… de savoir pardonner à l’autre, ne pas rentrer dans une chaîne de réplique, de vengeance, de haine.

Nous sommes appelés donc à répandre la Miséricorde divine par des actes concrets de Miséricorde dans notre vie.

Alors, Jésus demandait à Faustine de célébrer plusieurs choses:

L’heure de la Miséricorde à 15h, de se rappeler autant que faire se peut, la mort de Jésus en croix et d’offrir à ce moment-là… de nous offrir et d’offrir toute l’humanité, surtout les pécheurs, les gens qui ne connaissent pas Jésus, qui ne sont pas forcément mauvais même sincères, mais qui ne connaissent pas l’Amour de Jésus… de les offrir à ce moment-là.

Puis de réciter chaque jour le Chapelet de la Miséricorde divine, notamment auprès des agonisants, au dernier combat.

Et puis de vénérer l’image du Christ miséricordieux, afin de nous ouvrir à cette Miséricorde divine.

De manière plus fondamentale, l’Église nous demande de célébrer le sacrement de Pénitence et de Réconciliation, qui est le sommet ici-bas de la réconciliation et du pardon de la Miséricorde reçu.

Le sacrement de Pénitence nous est donné comme deuxième planche de Salut après le Baptême.

Plus précisément: le Baptême efface en nous le péché originel qui n’est pas un péché personnel pour nous - les petits enfants n’ont pas commis de péché - mais c’est un péché qui touche la nature humaine, il faut bien comprendre cela. Ne pas confondre: c’est un péché personnel pour Adam et Ève mais pas pour nous!

Mais ce péché a défiguré la ressemblance de l’être humain avec Dieu et le Baptême recrée, le Baptême est une nouvelle recréation qui nous fait participer gratuitement, sans mérite de notre part, au Salut.

Le Salut est absolument gratuit pour tous!

Et nous sommes recréés mais malheureusement, et l’expérience nous le montre, nous abîmons ce Don du Baptême, et parfois nous pouvons le rompre par des péchés graves, des péchés dits ‘mortels’, c’est-à-dire: des actes qui, faits consciemment contre Dieu et contre le prochain induisent une rupture d’Alliance, et le sacrement de Pénitence nous remet dans cette dynamique baptismale, nous redonne la vie surnaturelle pour ne pas rester des cadavres spirituels!

De nous redonner la dynamique et la beauté, la pureté baptismale.

Le Baptême ne peut jamais être enlevé quel que soit le péché que nous commettons (ce n’est pas pour cela qu’il faut commettre des péchés!) mais le sacrement de Pénitence est là pour nous redonner la plénitude de la Grâce. Et même si nous n’avons pas commis des péchés graves, forcément, et bien le sacrement de Pénitence est là pour nous affiner la conscience: avoir une conscience délicate, amoureuse envers Dieu, éviter le laxisme et éviter le rigorisme… ou le scrupule.

Tout péché peut être pardonné quel que soit le passé, le passif que l’on peut avoir - aurait-on commis tous les crimes du monde!

En recevant, avec repentir évidemment, avec contrition, le pardon de Dieu, par l’absolution par un évêque ou un prêtre, et bien, nous sommes pardonnés! Le plus grand criminel, et bien, peut redevenir un enfant dans son âme grâce à cette contrition et en recevant la pardon de ses péchés.

Et quand Jésus dit «Il y a le péché contre l’Esprit Saint qui ne sera pardonné ni ici-bas, ni dans le ciel»: ce péché concerne le fait de refuser la lumière et de s’obstiner volontairement, avec lucidité et avec volontaire et plénier, le pardon de Dieu, la vérité sur soi et sur Dieu; et d’agir contrairement à la lumière que l’on reçoit.

Là, la personne engage son Salut éternel… Dieu seul connaît les cœurs et il faut espérer pour tous et remettre tout être humain dans la Miséricorde de Dieu.

Frères et sœurs, nous pourrions nous poser la question aujourd’hui: depuis combien de temps j’ai reçu le sacrement de Pénitence?

Deux jours, une semaine, un an, quarante ans?

Nous sommes invités à recevoir aujourd’hui ou demain, ou dans les prochains jours ce sacrement, et le recevoir fréquemment; les chartreux peuvent se confesser tous les jours… apparemment ils ne sont pas des pécheurs publics!

Les grands saints canonisés se confessaient régulièrement, même certains plusieurs fois par jour!

Si nos frères aînés dans la foi nous donnent cet exemple, pourquoi mépriserions-nous le Don de Dieu?

Ce chemin, si nous le comprenions, ce chemin de Miséricorde, nous irions en courant le recevoir, comme tous les sacrements; et dans la joie; et dans la paix!

Que le Seigneur nous donne cette Grâce de comprendre la Miséricorde divine et d’en vivre et de la répandre avec joie, avec allégresse, avec légèreté.

Frères et sœurs bien aimés, demandons la Grâce des uns pour les autres dans cette Eucharistie, et pour toute l’Église, de prendre conscience que nous sommes graciés; que le Seigneur nous propose, il ne s’impose pas, il nous propose sa Miséricorde.

Ensuite de prendre l’orientation ce matin de faire le choix d’être des hommes et des femmes de Miséricorde, et si parfois nous faisons des dérapages non contrôlés, bien de se reprendre.

Prendre l’orientation de la Miséricorde.

Puis de vivre régulièrement, une fois par semaine, ou au moins une fois par mois le sacrement de Pénitence. Afin de retrouver et d’avoir cette pureté de cœur qui nous permet d’avancer et de recevoir avec plus de fruits l’Eucharistie, et de répondre aux motions de l’Esprit Saint en nous, afin d’être des témoins véridiques du Christ.

Et enfin de demander cette grâce pour chacun et chacune d’entre nous: d’être des témoins par toute notre vie de cette Miséricorde; et d’entrainer nos frères et sœurs qui ne connaissent pas Jésus, à connaître son Amour et en vivre; et quel que soit notre situation et la situation du monde, de confier à Jésus tout, et tous nos frères et sœurs en humanité, afin que tous puissent vivre de la vie Trinitaire; et d’avancer sereinement face aux tempêtes de la vie; et de redire sans cesse par notre vie et nos paroles:

Jésus, j’ai confiance en toi.